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29.03.2008

Mon esprit qui vagabonde

Comme tout le monde, quand je prends le bus et que je n'ai pas un livre en main, mon  esprit vagabonde. J'étais assis sur un siège latéral, l'autre jour, aussi je voyais les maisons et immeubles défiler devant mes yeux. À un arrêt d'autobus, je me suis mis à fixer un immeuble en pierres grises, à l'entrée dont la porte était noire. Progressivement, j'imaginais une immense tête de bouddha remplaçant la facade de l'immeuble. Les fenêtres devenaient des yeux, un immense balcon un nez, l'entrée la bouche, etc.

706044534.jpgLe bus s'était remis en marche mais cette image continuait à habiter mon esprit. Bordel, c'est quoi ce truc avec cette grosse tête grise et l'air serein?? Jusqu'à la fin de la journée, cette image d'un être heureux ne cessait  d'occuper ma conscience. Lentement, les morceaux se sont mis en place. La pierre grise m'a fait penser à la peau au teint cigarette de Jules. Sur le coup, je revis ce visage, celui d'un bon collègue un peu râleur mais, tout au fond, avec un coeur d'or. C'est celui-là même qui organise des repas pour des organismes  de charité, le même qui s'occupe de sa mère malade de diabète, le même qui donne une tape dans le dos à un collègue qui passe par un passage à vide. 

Sacré Jules, c'était bien lui et ce sera bien lui dans peu de temps, alors qu'il sera retraité et qu'il regardera les autres personnes valides partir le matin au boulot, l'air ravi et serein, derrière sa fenêtre d'immeuble...

Salut Jules! À lundi... 

24.03.2008

La relativité du temps

Non, je ne veux pas parler de la relativité d'Einstein à laquelle je ne connais rien ou si peu. Je pense plutôt à ce temps qui passe et sur lequel je n'ai aucun pouvoir.

Je ne cesse d'être étonné par la perception variable du temps qui passe. Le plus souvent, j'ai cette impression que le temps me glisse entre les doigts et que je ne puis faire autre chose que de suivre le courant; d'autres fois le temps n'existe tout simplement plus tellement il passe encore plus vite. Comme tout le monde, je voudrais saisir le temps et lui interdire d'avancer, mais, inexorablement, il suit son cours de manière imperturbable.

955525102.jpg

Dire qu'il y eut un temps, particulièrement pendant l'enfance et l'adolescence, où les après-midis d'été se languissaient à n'en plus finir. Il y avait ce ciel immobile d'un bleu parfaitement azuré qui annonçait l'éternité pendant que la stridulence d'une cigale en signait l'authenticité. (Décidément, j'ai l'âme poétique aujourd'hui). La vie était immense et le temps increvable, j'étais saoulé par le temps, aussi je découvrais sa puissance infinie.

Puis, c'est la vie qui s'est chargé de lui donner un autre mode d'écoulement. On dirait que c'est avec les responsabilités que le temps a changé tout à coup de rythme. Je suis progressivement devenu inquiet du temps qui pourrait manquer, puis du temps qui manque pour de vrai, jusqu'à rencontrer à l'occasion la déception des délais dépassés. Des rêves ont bien sûr été porteurs de ces préoccupations. Au réveil, il m'arrivait de croire que j'avais raté un examen ou quelque chose de ce genre...

Le temps a ainsi fini par se compter en heures, non plus en semaines ou en jours. La montre-bracelet commençait à être consultée régulièrement, à tel point que je devins un expert du temps précis qu'il peut être après avoir oublié d'y avoir jeté un coup d'oeil. C'est fou comme le temps peut devenir un bourreau: vous vous surprenez à vérifier le passage d'un bus pour voir s'il est en avance, à l'heure ou en retard. Il m'arrive même de me demander si le chauffeur du bus est synchronisé sur ma montre. Je me conforte d'une manière malhabile en pensant que j'ai réglé ma montre sur l'heure donnée par la radio d'État.

Rendu à ce point, je suis devenu un accro du temps. Aussi, j'ai besoin de conseils de la part d'un bon samaritin sur la manière de juguler cette dépendance au temps. Le temps, ce tyran... ;)

 

23.03.2008

Identité française

1424429377.jpgSi une chose distingue les Français des autres, c'est qu'ils ne manquent jamais de se faire remarquer en toutes sortes d'occasion. Comment expliquer leur originalité et leurs paradoxes? Je vous avoue que je suis loin de pouvoir l'expliquer moi-même, ne serait-ce que pour la simple raison que je ne suis allé en France qu'une fois et que pour le reste, c'est la télé, les magazines ou les livres qui ont pu me renseigner sur cette mienne cousine culture.

Encore une fois, c'est par une lecture que j'ose croire que je pourrais faire un pas en avant en cette matière. Ça faisait longtemps que je pensais lire l'essai de Nadeau et Barlow, Pas si fous, ces Français!, aussi je me promettais de m'y mettre au plus vite. Comme je n'aime pas les livres en gros format (voilà bien un caprice que je m'explique mal), j'avais pensé d'attendre la sortie en fomat livre de poche. Finalement, j'ai fini par oublier...

Dernièrement, dans un forum (pour ne pas le nommer, le politiclub), cette question de l'identité française est venue à la surface et c'est à ce moment-là que le souvenir du livre s'est imposé de nouveau. Je me le suis donc procuré, incidemment en livre de poche!

J'ai eu le temps de parcourir l'introduction et les premières pages pour me rendre compte que ce sont des circonstances particulières qui sont à la base de cet ouvrage:

Nous étions venus en tant que correspondants de l'Institute of Current World Affairs dont le siège se trouve dans le New Hampshire. Jean-Benoît (Nadeau) était chargé d'étudier les causes de la résistance française à la mondialisation. Julie (Barlow) devait, elle aussi, traiter de ces thèmes.

J'avoue être allergique aux instituts faisant la promotion de la globalisation. Ce genre de projet, à savoir pourquoi les Français résistent à la globalisation, ne m'inspire pas beaucoup de sympathie, car la motivation à la base de ces études, forcément, consiste à connaître les causes de cette résistance pour mieux la combattre. Moi, j'aime bien que les Français restent inimitables et ne rentrent pas dans le moule.

Cela ne m'empêchera pas de continuer ma lecture, même si ces deux journalistes, en plus, sont des collaborateurs du magazine L'Actualité...

ps: quand même drôle que je parle davantage des circonstances qui m'amène à lire un livre que d'en faire la critique... ;)

17.03.2008

Ces héros qu'on nous propose comme modèles


Au risque de passer pour rétrograde et râleur, il m'arrive de considérer quelques pubs comme des pièges à cons. La plupart du temps, on nous propose des modèles inaccessibles, tant ils frôlent la perfection, et nous, les consommateurs, on devient ébahis au point d'adopter ce qu'ils nous proposent.

On oublie trop souvent que hormis leurs grandes habiletés dans leur champ d'activité respectif, ces modèles-là restent des hommes avec leurs faiblesses et leurs défauts. Et que le plus souvent, sur les questions d'ordre philosophique ou autres, ils peuvent tout aussi bien être tout à fait nuls.

Croyez-vous que je vais acheter de le rasoir Gillette parce que les champions Federer, Woods et Henry me disent que c'est LE rasoir?? Non mais... 

14.03.2008

La route

1396511911.gifLa route de Cormac McCarthy, c'est la chronique de la fin d'un monde, celui que l'on connaît, faute d'être celui de la fin du monde. Dans un style dépouillé et minimaliste, autant dans les décors désincarnés d'une planète au lendemain d'une guerre nucléaire (on le devine à la lecture) que dans les états d'âme des protagonistes (le père et le fils), nos deux personnages, presque à la dérive, se donnent comme mission de porter le "flambeau" de l'humanité.

C'est ainsi que le père et le fils décident d'aller vers le Sud, là où ils comptent trouver d'autres "gentils" comme eux, dans l'espoir que l'humanité reparte sur de nouvelles bases et ne refasse pas les mêmes erreurs qui ont conduit à la dernière guerre quasi-fatale. Toutefois, durant leur parcours, ils devront faire face à d'autres survivants rompus aux bassesses et aux cruautés d'un monde devenu barbare. Ce roman propose donc une visite des arcanes de la morale, sauf que c'est fait de façon sobre, sans les dérives d'un prosélytisme assomant.

L'écriture de McCormac se réduit à un style quasi télégraphique, ce qui traduit l'urgence des nécessités premières de la survie dans un monde presque retourné aux cendres premières. Les dialogues se résument à quelques mots comme si l'économie de la survie en milieu hostile l'exigeait. En parallèle de cette tribulation, l'auteur nous invite à redécouvrir notre monde matériel. Sa description des outils et des autres choses fabriquées par l'homme montre qu'il est important de les connaître et d'en faire un usage judicieux, faute de quoi ces outils perdent de leur utilité.

À lire pour ceux qui croient encore en l'Homme sans toutefois sombrer dans le jovialisme naïf.

Viens de paraître en français aux éditions de l'Olivier. La Route. Cormac McCarthty. 245p. Prix Pulitzer

12.03.2008

Que reste-t-il de la solidarité?

517675.jpgIl suffit de regarder autour de soi, de lire les journaux et de regarder les bulletins télé pour se demander s'il reste quelque chose des grands rêves d'humanisme qui ont été le mot d'ordre au lendemain de la 2e Guerre mondiale. Dans les années '50 jusqu'à la fin du siècle dernier, tous les occidentaux carburaient essentiellement à l'entraide entre les hommes, aussi les politiques sociales-démocrates ont été très populaires.

Puis, lentement, l'idée de l'individualisme et de la performance ont fait leur chemin dans tous les échelons de la société. Maintenant, ce sont les chiffres et les statistiques qui parlent. Plus que jamais, il n'est désormais question que de rendement, de rentabilité, d'efficacité, de cotes de la bourse, d'actions et d'actionnaires. L'homme et l'État nation disparaissent progressivement derrière les notions d'économie globale, de comptes off-shore et du démantèlement des programmes sociaux.

Ce dont je suis le plus déçu - et le mot est un euphémisme -, c'est cette rivalité encore plus prononcée entre les travailleurs. Les mêmes personnes qui crient à l'injustice des "riches" et des "possédants" sont les mêmes qui s'activent dans les couloirs pour obtenir un poste de pouvoir et la rénumération qui y est rattachée. Quand il s'agit de pratiquer ce qu'ils disent, il arrive souvent qu'il y a de profondes contradictions. Que vous alliez dans quelque échelon de la société que vous puissiez imaginer et c'est le même foutu phénomène d'égoïsme qui prévaut. Même parmi les pauvres - et j'ai connu le tabac, je le confirme -, il existe une rivalité quasi-systématique, de sorte que s'il y a une solidarité, elle se trouve le plus souvent en dehors d'un organisme ou d'un système. La solidarité vit en dehors d'une charte parce qu'elle est vivante. Comme elle est vivante, elle ne peut être codifiée et comprise dans un système conventionnel propre aux groupes de pression. 

La solidarité, c'est une question de cas par cas. On la croise dans une rencontre, la plupart du temps de manière très fortuite. La solidarité entre les humains n'a rien à voir avec des structures organisées ou si peu. Elle apparaît subitement au milieu de quelques bonnes âmes et c'est là qu'il faut s'activer pour la garder vivante: elle est tellement capricieuse.

Ne vous en faites pas, mon humeur va retrouver sa vitesse de croisière sous peu... ;) 

05.03.2008

Autre inédit de Kerouac

823906002.gifCes derniers mois, Jack Kerouac est revenu dans l'actualité littéraire plus d'une fois. D'abord, certains manucripts de Kerouac ont été retrouvés dans les archives de la bibliothèque publique de New-York. Il s'agissait des premiers essais en français de Kerouac de son roman culte On the road, qu'il ne tardera pas de rédiger par la suite en anglais. Les mêmes fonds d'archives comprenaient aussi une série de nouvelles réunies sous le titre provisoire de La nuit est ma femme. Il en ressortait qu'il était très préoccupé de ses racines francophones, entre autres choses.

Pas longtemps avant cette découverte des fonds d'archives, l'année dernière, il y avait eu un important anniversaire, celui des 50 ans de la publication du roman culte On the road. Et comme je l'ai souligné dans un autre billet de ce blogue, le Harry Ransom Center de l'université Austin (Texas) tiendra ce printemps une exposition en l'honneur du fameux poète beat.

Maintenant, s'il est encore question de Kerouac, c'est qu'un autre manuscript vient de remonter à la surface. Il s'agit de la découverte d'un roman de jeunesse écrit en collaboration avec William Burroughs. L'idée de cette collaboration est venue à la suite du meurtre commis par Lucien Carr (à droite sur la photo) sur la personne d'un harceleur impénitent (David Kammerer ). Cela lui a valu, on l'aura deviné, une condamnation d'emprisonnement. Ses amis, Kerouac et Burroughs, avaient décidé de s'inspirer de ce tragique événement pour écrire un roman intitulé And the Hippos Were Boiled in Their Tanks, qui sera publié chez la maison d'édition Penguin Classics en novembre prochain.

Les deux jeunes auteurs, à l'époque, s'entendaient pour dire que ce travail n'était pas une grande oeuvre, sinon assez mauvaise (pretty bad selon Burroughs lui-même), mais on aura compris, comme le suggère le biographe reconnu de Kerouac, Gerald Nicosia, qu'il y aura sûrement des preneurs pour une nouvelle relique reliée à l'époque beatnick... 

 http://www.telegraph.co.uk/news/main.jhtml?xml=/new...

Autre texte dans le blog de Pierre Assouline:

http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/03/03/de-sang-chaud/

 

04.03.2008

Trash vortex

Il ne faut pas mésestimer les petites publications gratuites comme par exemple les journaux de métro qui sont distribués gratuitement aux usagers. J'ai pris l'habitude de les parcourir,  sachant que quelques trucs peuvent à tout hasard attirer mon attention.

L'autre jour, dans un journal de ce genre, je suis tombé sur un article traitant du Trash vortex. Cette seule expression (rare) a été suffisante pour attirer mon attention. Le Trash vortex (il n'y a pas d'équivalent français), c'est une expression traduisant la présence d'une immense île de déchets dans le Pacifique. Tellement grande qu'elle a une dimension comparable à celle du territoire de la France!

Comment se forme une telle agglomération de déchets? C'est la résultante des courants traversant l'océan Pacifique des Amériques à l'Asie et l'Océanie, de sorte que les déchets de plastique se retrouvent dans une zone statique et stagnante. Au fil des décennies, ces matériaux en plastiques fragmentés forment une masse diluée dans une immense masse d'eau perdue dans l'océans Pacifique.

286835628.jpgDes chiffres? 

En étudiant la concentration de débris de plastique flottant dans cette région, Charles Moore obtient ces chiffres ahurissants: trois millions de morceaux de plastique par km2. Dans la zone centrale, dans ce qui s'appelle le Trash Vortex, les études s'accordent à dire que l'on trouve aujourd'hui six kilos de plastique pour un seul kilo de plancton.

 http://www.rue89.com/2008/02/02/une-mysterieuse-ile...

Les conséquences?

D'abord, en raison de l'absence de courant dans cette zone, cette "île" peut subsister d'une manière indéfinie. La faune marine des environs adopte ce nouvel environnement, en particulier les tortues et les albatros. Ceux-ci s'en servent comme abris ou ancrage tout en confondant les petites particules pour des planctons, d'où ingestion de plastique...

Tous ces déchets viennent en grande partie de la terre ferme, avant d'être déversés dans l'océan et se regrouper dans cette île mystérieuse. Évidemment aucun pays ne veut prendre la responsabilité de cet accident écologique...

 

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