30.09.2008
Perte de l'innocence
C'est en naviguant d'un blogue à l'autre, parmi mes préférés, que j'ai tout à coup pensé au thème de l'innocence.
C'est un thème coup de poing, je le sais. Mais j'ai le goût de me faire mal et de vous faire mal. Juste un peu.
Parce que je suis pas toujours gentil. Vrai.
Alors voilà. Dans ma carrière de lecteur, si-si je parle bien d'une carrière de lecteur!, il y a eu des moments où le tic-tac d'une montre s'est arrêté. C'est vraiment arrivé, je le jure. Je sais que le temps peut parfois s'arrêter, quand bien même la terre continue à tourner et que les gens autour de vous continuent à vivre. C'est que vous venez de comprendre quelque chose d'essentiel à votre vie, quelque chose de foudroyant et d'inoubliable et, pour quelques secondes, vous êtes hors du temps. Et du coup le temps vous a oublié, le temps d'une faveur. Une sorte de bise cosmique. Ou peut-être est-ce un ange qui est passé en coup de vent vous sussurer à l'oreille cette petite pensée!
Quand j'ai lu cette phrase de Henry Miller, je venais de comprendre quel était le sens de la perte que je ressentais parfois à travers les événements de la vie.
À la question "qu'est-ce qui distingue un artiste d'un autre homme?" il avait répondu - je paraphrase - que "l'artiste est celui qui a compris le sens de la perte de l'innocence et qui tente de le redécouvrir".
Peut-être que je le cite mal - et, de toute évidence, je n'ai pas bien "torché" la citation paraphrasée... Peu importe.
De toute manière, j'ai fait mes devoirs et je l'ai retrouvée, cette citation, dans un site où est cité cet extrait de cet auteur dans Le monde du sexe:
L'artiste, qui est un type de créateur, entre autres (et non des plus élevés, tant s'en faut), a l'idée fixe - qu'il le reconnaisse ou non - de recréer l'homme dans son innocence.
Le thème de l'innocence ne cesse de m'interpeller à peu près en tout temps. Il se présente sous toutes sortes d'oripeaux et quand il survient dans mon quotidien, chaque fois, j'ai le souffle coupé. Je le vois chez un chômeur que je croise occasionnellement, un travailleur ex-prisonnier christian reborn de geôles américaines (le meilleur, sans le savoir, à parler sans le nommer de ce sujet - et il faudra que je lui dise un jour, quand bien même je risque son regard pénétrant et sidérant de sa part - il me pétrifie par son humanité), un vitrier ancien membre de l'équipe olympique grecque ou encore un ébéniste grognon et bon comme la terre que j'ai le bonheur de voir assez souvent en revenant du boulot. La porte de son atelier est presque toujours grande ouverte et je sens l'odeur du brin de scie dès que j'approche de son territoire. C'est l'odeur de mon enfance...
En guise de digestion, quelques citations pigées dans un site à cette fin sur le seul thème de l'innocence et, du coup, j'espère vous avoir fait doucement mal et pour un bon moment. C'est comme ça que j'aime mes visiteurs, en leur donnant quelques bons jabs de bonheur!
Tout bonheur est une innocence - Marguerite Yourcenar
Que dix coupables échappent à la justice, plutôt que souffre un seul innocent - William Blackstone
Ne sont innocents que les coupables qui se dissimulent ou qui s'ignorent - Bernard Willems-Diriken
Aimer, c'est l'innocence éternelle, et l'unique innocence est de ne pas penser - Pessoa
L'innocence est la meilleure défense de l'enfant - Lao She
Il est plus facile de faire acquitter un coupable qu'un innocent, c'est bien connu - Henri Jeanson
Et pour terminer cette courte liste:
Un coupable puni est un exemple pour la canaille ; un innocent condamné est l'affaire de tous les honnêtes gens. Jean de La Bruyère
J'espère vous avoir bousculé ou ému. J'espère que vous m'en voudrez de vous en avoir parlé. Le pire, c'est que je ne me sentirai pas coupable de l'avoir fait. Et ce sera ma victoire innocente de la journée!
21:45 Publié dans Souvenirs de lecture | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
28.09.2008
Clin d'oeil hockey
Pour montrer à quoi ressemble le hockey et l'atmosphère qui règne dans un amphithéâtre.
Un clip vidéo tourné par le taulier de ce blogue. Sera affiché pour quelques heures...
21:56 Publié dans Inclassable | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Les cycles historiques II
On le sait, l'histoire se répète.
Mais encore, il faudrait savoir pourquoi.
Dans Toute l'histoire du monde, je suis tombé sur cet extrait qui semble bien expliquer la situation aux États-Unis, alors que ce pays fait face actuellement à une déstabilisation de son système financier. En fait, les auteurs reprennent une proposition de Chateaubriand que je trouve très juste:
Une classe dirigeante connaît trois âges successifs: l'âge des supériorités, l'âge des privilèges, l'âge des vanités. Sortie du premier, elle dégènère dans le deuxième et s'éteint dans le troisième.
Ils poursuivent ici dans leurs propres mots:
Quand une classe dirigeante s'écroule, cela peut entraîner l'écroulement de la société si des dirigeants de remplacement ne sont pas prêts à prendre sa place. Quand la noblesse s'écroula lors de la Révolution française, la bourgeoisie était prête à (et désireuse de) assumer l'État.
La classe financière américaine, qui s'est royalement plantée dans l'affaire des subprimes, se tourne du côté du public pour se faire renflouer. Pourtant, cette même classe arrogante n'a cessé de proclamer au cours des dernières décennies les vertues des forces du marché libre. Aujourd'hui, elle ne fait même pas amende honorable: elle continue à dire la même chose, incapable qu'elle est de reconnaître sa mauvaise foi.
Serions-nous déjà dans l'âge des vanités?
08:29 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
27.09.2008
Blaise Cendrars par Henry Miller
Je regardais un clip sur facebook montrant Henry Miller à table avec des amis ou des sympathisants. Il devait avoir 88 ans puisque le vidéo a été tourné en 1979. Encore à cet âge, il savait être divertissant et charismatique. Toujours vif et joyeux, telle avait toujours été sa devise. Et en effet, dans ce clip, il tient la forme et prend un petit coup de rouge. Bravo! En voilà un qui a su être naturel et lui-même jusqu'à la fin. Capable de dire shit ou drink to that et, dans un même élan, faire preuve d'une grâce incomparable. Voilà l'allure, voici l'homme!
C'est cela avoir du style.
Si je parle de ce clip, c'est qu'à un moment donné il parle de son grand ami et modèle en littérature, le bien-nommé Blaise Cendrars, écrivain français d'origine suisse dont le parcours a été pour le moins fascinant. À quinze ans, il vola les valeurs précieuses de sa famille (bijoux et coutellerie) et s'enfuya avec son sac de fortune pour la Chine en prenant le Transsibérien. Là-bas, il occupe de petits emplois avant d'aller à Moscou et St-Pétersbourg. Tout cela à un bien jeune âge.
Ensuite Miller explique comment Frederic-Louis Sauser en est venu à choisir comme nom de plume celui de Blaise Cendrars. Je ne connaissais que l'origine de son nom de famille inventé, celui de Cendrars, résultat de "cendre" et d' "art". On devine que cet homme voulait aller au bout de lui-même à travers la forme d'art qu'est la littérature, quitte à en brûler...
Je n'avais pourtant jamais réalisé que le choix de "Blaise" était influencé par "braise", ce qui, en fin de compte, est dans la ligne logique de ce nom de plume.
Il y aurait tant à dire au sujet de Cendrars, de ses romans (Bourlinguer, L'Or, Moravagine, Emmène-moi au bout du monde, etc.), de ses travaux en peinture, de ses nombreux voyages et de ses rapports controversés avec Appollinaire, Céline, le peintre Fernand Léger, que l'espace d'un blogue est trop petit pour ce faire.
Une manière facile d'explorer son univers serait par ailleurs de lire la biographie réalisée par sa fille Miriam, comme je l'ai fait moi-même.
Belle occasion de découvrir qu'à une autre époque, en Occident, la pensée libre et le geste gratuit étaient encore possible.
C'était ma suggestion de lecture de cet automne...
Ici le lien du Dinner with Henry pour qui l'anglais est une langue qu'il comprenne.
http://www.ubu.com/film/miller_dinner.html
10:16 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
26.09.2008
Dictionnaire égoïste de la littérature française
Je ne suis plus fou des dictionnaires. Je les consulte occasionnellement, sans plus. Peut-être devrai-je le faire plus souvent. Il est vrai qu'à une autre époque, je passais par des périodes où je prenais la peine de vérifier chaque mot qui me paraissait obscur. Je repense à cette autre vie avec quelques frissons: quelle étrange personne je devais être à traquer ces mots et ces noms propres! Un poète de ma connaissance m'avait incité à suivre cette piste et, l'habitude aidant, ce réflexe s'était inscrit dans le cours de mes lectures, avant de disparaître au milieu d'événements confus dont j'ai peine à me rappeler aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, je le faisais pour mon propre bénéfice, ces efforts n'étant jamais rétribués dans le cadre d'un travail. C'est d'ailleurs la recette pour les meilleurs travaux, ceux qu'on exécute par pur plaisir. Dans le cas contraire, c'est le plus souvent le désastre certifié. Les travaux exécutés sans candeur ne valent tout simplement rien.
Je me rends compte que je divague au milieu de ces considérations futiles, cherchant maladroitement à introduire une citation quelconque d'un dictionnaire auquel je crois plus ou moins...
Il s'agit du Dictionnaire égoïste de la langue française de Charles Dantzig. Seigneur que j'ai voulu y croire! J'ai beau l'avoir lu de toutes les manières, en diagonale comme d'une façon extensive, prendre la peine d'en souligner quelques passages, de réfléchir plus profondément sur le contenu de quelques entrées, d'en relire quelques uns au besoin pour être sûr de saisir le sens de tel ou tel passage, pourtant rien n'y fit. Cet ouvrage me laisse non pas indifférent mais perplexe. Je ne comprends pas l'esprit de l'auteur qui, de toute évidence, est un grand érudit et un grand connaisseur de la littérature française. Il est habile, subtil, pénétrant, juste, surprenant. Il a toutes les qualités d'un essayiste se frottant à un sujet précis et pourtant je sèche. C'est d'autant plus gênant que la critique est dithyrambique. Personne n'a même soulevé la plus minime des réserves au sujet de ce livre.
Mieux, ce dictionnaire a même reçu le prix Décembre 2005...
Malgré mon incapacité extraordinaire à saisir la grandeur de cet ouvrage, j'ai quand même trouvé un extrait qui me parle. De ce pas, je vous le cite:
Pédants, cuistres (avec une défense de la pédanterie chez les jeunes gens): Le cuistre est un homme qui exhibe ses connaissances avec assurance. L'assurance révèle en général des connaissances mal assurées: je n'ai jamais rencontré de vrai savant qui soit un cuistre. Le savant est modeste, le cuistre est cramoisi, bombé, homard.
Le pédant est un homme qui exhibe ses connaissances avec passion. J'aime bien les pédants quand ils sont jeunes. S'ils exposent leurs connaissances, même incomplètes, c'est moins par vantardise que par amour de l'art. J'ai bien connu un de ces discoureurs de cour de lycée: Stendhal a dit ceci, on trouve dans Baudelaire, rappelle-toi que Sénèque... Jeunes gens maladroits, vous étiez estimables, car vous vous offiriez à des choses désintéressées, quand tant de vos hideux camarades rêvaient de pouvoir ou de pognon. Le cuistre est un pompeux narcissique, le pédant un rêveur altruiste.
Dictionnaire de la littérature française. Charles Dantzig
23:34 Publié dans Souvenirs de lecture | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
19.09.2008
Biscuits chinois
Une entreprise américaine basée dans le Queens (New York) fabrique quelque 4 millions et demi de biscuits chinois par jour.
Chaque message porte-bonheur d'un biscuit chinois appartient à une banque de 2000 messages déjà écrits, classés et pré-digérés. Apparemment, 600 autres vont s'ajouter à la liste.
Les messages sont souvent d'une platitude incommensurable: "Prenez soin de vos rapports avec autrui dans le but de consolider votre place dans le monde"... (Je viens de l'inventer, je l'avoue.)
Comme quoi, une fabrique de biscuits chinois est davantage une usine vouée au hasard qu'au bonheur. C'est d'autant plus vrai que s'il y a une loterie rattachée au biscuit, le chiffre est choisi par un ordinateur. Lu dans un article du Daily News:
The so-called lucky numbers on many fortunes are, some cookie fans might be sorry to learn, simply picked at random by computer.
Le plus étonnant, c'est que la plupart des Chinois de l'Empire du Milieu, sinon tous, n'ont jamais entendu parler du biscuit chinois, plus communément appelé Fortune cookie.
Encore plus étonnant, c'est qu'on oublie souvent que le biscuit chinois vous est gracieusement offert après être passé à la caisse. Cette dernière observation ne fait pas partie de l'article original... ;)
http://www.nydailynews.com/money/2007/03/12/2007-03-12_bu...
22:54 Publié dans Inclassable | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
18.09.2008
Quel est l'homme de vos fantasmes absolus?
Eh oui, je tente le coup. Je m'adresse cette fois uniquement à mes visiteuses. Je vous pose la question suivante: quel est l'homme de vos fantasmes absolus? (À part moi bien sûr...;) ) Pas nécessairement côté physique mais surtout sur le plan de la personnalité. Je souhaite des réponses sincères. Pas de préchi-précha: on parle de ce qui vous fait vraiment vibrer, chères visiteuses de ce blogue. On parlera donc à coeur ouvert, rien de moins.
Dans un autre billet, p-ê que j'en ferai autant. P-ê... cela dépendra de la candeur de vos propos...
Genre macho comme Sean Connery dans ses belles années ?

Genre mature comme Georges Clooney?

Genre intello assumé comme Mathieu Amalric?

Ou aucun de ceux-là... En ce cas, une fiche signalétique s'impose...
La chair ou l'esprit? Les deux? L'esprit uniquement? (J'en doute.)
Allez, un petit effort, le week-end est à nos portes et on s'amuse. ;)
21:03 Publié dans Inclassable | Lien permanent | Commentaires (26) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
17.09.2008
Ma bibliothèque de quartier
Zêtes curieux de connaître ma bibliothèque de quartier? Suivez le guide.
Croyez que c'est comparable au Monde d'Amélie Poulain? Détrompez-vous. Ça faisait un bail que je n'y étais pas allé. Pourtant, ce n'est qu'à une quizaine de minutes de marche...
Aujourd'hui, en franchissant le seuil de porte de la bibliothèque publique du coin, je me suis tout à coup rappelé qu'il y avait un drôle de personnel oeuvrant dans ces lieux. D'abord il y a la Mme la Givrée-imprévisible, le genre de commis avec laquelle vous ne savez jamais quelle réaction elle pourrait avoir à la moindre demande. Ensuite, il y a M. Baboune-Grincheux qui râle dès qu'il doit vous rendre service. Inévitablement il lève les yeux au plafond dès que vous sortez de SA routine. Puis il y a Mme Bec-sec-vous-m'emmerdez, ie qu'elle est toujours occupée et vous renvoie constamment à un formulaire à remplir avant de vous répondre.
Je m'aperçus rapidement que mes trois bibliothécaires "favoris" étaient de service. Mon objectif de faire enregistrer l'achat d'un volume n'allait pas être une sinécure. J'ai donc eu droit à la valse des comptoirs, alors que l'un me renvoyait à l'autre. L'une disait qu'elle n'avait pas le temps: elle tapa sur le clavier quelques frappes avant d'enfiler son coupe-vent pour disparaître dare-dare du paysage. Quant à Mme Bec-sec, elle a recouru encore au truc du mauvais-bon formulaire avec son air concentré de bull-dog. C'est finalement Grincheux qui m'a répondu... Curieusement, avec celui-là, ça ne s'est passé pas trop mal. Il avait encore le menton avancé et la lèvre boudeuse mais j'ai pu faire enregistrer ma demande. J'ai dû le croiser dans sa meilleure phase neuro-hormono-biologico physiologique. Oui, il y avait une conjonction des planètes favorables dans son cas, ie qu'à son meilleur il est tout juste acceptable...
Et dire que j'avais eu l'idée de m'asseoir pour lire quelques heures, après la demande, d'autant plus qu'il n'y avait pas affluence, puis je me suis ravisé. Les 3 bibliothécaires aiment l'endroit tellement tranquille qu'ils le vident par leur seule attitude.
Ce sera pour une autre fois, quand je serai d'humeur plus béton et plus "je-vous-emmerde"...
16:55 Publié dans Tranches de vie arrangées | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
10.09.2008
Habileté virtuelle
Faute d'être en mesure de tirer correctement de l'arc dans la vraie vie, je me contente de participer, à temps perdu, à des compétitions virtuelles.
Qui battra Inukshuk au jeu Hit the jackpot? ;)
http://www.donpixel.com/play/en/080626185035/

14:15 Publié dans Inclassable | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
08.09.2008
Sur la musique
Sur la musique:
L'usage de la musique aujourd'hui me paraît tout à fait significatif de ce qu'est la société dans laquelle nous vivons (...). Il s'agirait, paraît-il, d'une "société de la consommation". (...) Mais cette consommation de musique est, nous le savons très bien, une non-consommation. Un courant ininterrompu de sons, d'images, de mots, s'écoule sans fin. Ces sons, ces images, ces mots ne sont pas destinés, à être écoutés, regardés, perçus, mais à tuer le temps, à meubler le vide, à faire oublier les temps morts (ou la mort) en oubliant de vivre.
Permis de séjour (1977-82) Claude Roy
20:44 Publié dans Souvenirs de lecture | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note


