02.03.2009
La lune et les Bédouins
Il s'agit d'une histoire vraie, celle d'un homme blanc qui avait décidé d'explorer le Sahara et bien sûr de rencontrer les Bédouins.
À la radio, l'homme en question racontait ce fabuleux voyage en insistant sur l'aspect le plus important, celui du dépaysement et, forcément, du choc culturel. Il voyageait avec des Bédouins en chameau, vivait avec eux sous la tente et partageait leurs repas.
Après une période d'ajustement, il a fini par s'adapter si bien qu'au bout d'un an il avait dû prendre une décision importante. En effet, il devait choisir entre rester - et la tentation était grande, tellement son expérience le comblait de bien des façons - ou retourner à la "civilisation"...
Un soir, tard après le souper, lui et les Bédouins s'étaient assis autour d'un feu de camp à discuter le bout de gras.
À un moment donné, en contemplant la lune, l'homme blanc commence à baragouiner dans la langue des Bédouins que les hommes de sa race (les Blancs) avaient réussi à se rendre sur la Lune.
Les Bédouins de sourire calmement et de dire à l'unisson qu'eux aussi y vont très souvent sur la Lune grâce à leur chaman.
- Chaman, lui, parler esprit pour savoir les dangers du voyage, lui, parler aux esprits et aux morts pour protéger nos vies. La Lune, bien sûr, que l'on y va, homme blanc!
Bien entendu, les Bédouins y allaient en esprit, ce sur quoi l'homme blanc répliqua que les Blancs y étaient allés pour de vrai.
- L'Homme Blanc est allé sur la Lune comme moi en chameau sur le sable du désert, répliqua-t-il à ses compagnons tout en jouant avec le sable de ses doigts.
Les Bédouins commencèrent par sourire devant cette insistance avant que chacun aspire longuement leur pipe et ensuite d'expirer de longues bouffées de fumée. L'aîné des Bédouins, le chef de la tribu, plissa alors des yeux, fixa ensuite l'Homme blanc et prit la parole:
- Toi, dire de graves mensonges qui vont nous attirer de sérieux ennuis avec les esprits.
Et les autres Bédouins de hocher doucement et unanimement la tête.
- Toi, inventer des sornettes de femmes folles, conclut-il.
Devant le malaise qu'il avait malgré lui créer parmi ses compagnons, l'homme blanc commença à se demander s'il en valait la peine d'insister sur ce fait historique. Pendant sa courte réflexion, il surprit même un Bédouin de très mauvaise humeur. Il crut même entendre quelqu'un parmi eux insinuer que l'homme blanc était devenu réellement fou et que ce n'était pas bon de garder un homme fou dans la tribu.
L'homme blanc se ressaissit donc et eut un sourire dégagé avant de les rassurer:
- L'Homme blanc voulait seulement voir si vous aviez le sens de l'humour. L'humour est bon pour les traversées du désert, n'est-ce pas?
Et là-dessus, les Bédouins de se détendre d'un seul coup et de pousser de grands soupirs de soulagement. Aussi ils l'entourèrent spontanément de leur affection sincère, lui offrirent des boissons et du tabac tout en terminant la soirée au milieu de chants arabes entonnés sous une demi-lune souriante.
L'Homme blanc venait de décider qu'il devait retourner chez lui, ce soir-là.
14:16 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



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Commentaires
La communication blogueuse pourrait en étonner quelques-uns, aussi.
Ecrit par : Claudio | 02.03.2009
T'as quand même deviné la puissante allégorie de mon billet, à n'en pas douter... ;)
Ecrit par : Inuk | 02.03.2009
:-)
Ecrit par : helenablue | 02.03.2009
J'aime beaucoup cette histoire , sagesse orientale , en écho ...
Oui l'humour est nécessaire quoique l'on ait à traverser !
ET quoi de plus inspiratrice que la lune ...
Ecrit par : helenablue | 02.03.2009
L'humour a été une excuse pour se sortir d'un pétrin.
Le véritable enjeu dans cette histoire vraie, à mon sens, c'est les perceptions différentes des individus selon les limites culturelles respectives.
Ecrit par : Inuk | 02.03.2009
L'humour a peut-être été une excuse pour le sortir du pétrin , mais a pu aussi être une manière de faire le lien entre ces cultures différentes , c'est une idée ?
Encore faut-il user d'un humour dans le mode de l'autre !
Ecrit par : helenablue | 02.03.2009
Je suis pas Bédouin (quoi que…), mais j'aimerais quand même que la Nasa m'explique un jour d'où venait le vent qui agite le drapeau qui flotte, là, sur la « lune », dans leurs films de propagande.
Ecrit par : McComber | 03.03.2009
Une barre horizontale soutenant le drapeau...
Ecrit par : Inuk | 03.03.2009
C'est magnifique.
C'est plus beau qu'une demi-lune...
Je souris à l'humour qui comme la beauté ne seront jamais des vérités universelles.
Mais surtout, je souris à tous les voyages sur la lune.
Merci Inuk, ce texte me fait du bien.
Ecrit par : lidia | 03.03.2009
Merci de ton commentaire, lidia. Il semble bien que le ton est donné pour voir dans ce texte l'humour comme solution à une impasse.
Je n'ai rien contre.
L'ironie veut que j'avais rédigé cette note en pensant aux manières opposées de voir une même réalité.
Ecrit par : Inuk | 03.03.2009
ça me rappelle l'autre soir, quand je suis allé sur mars en rêve. j'ai rencontré plein de gens. c'était dans le futur, et y'avait déjà des déserts. quelques installations au milieu, sous des coupoles de verres, de grands domes. mais déjà des déserts. parce qu'une délégation arabe avait déjà demandé qu'on porte du sable là haut, mais du sable de chez eux. pour pouvoir aménager des oasis, avec de l'eau d'oasis importée spécialement de terre, dans de grande cuves interplanétaires. y'avait des indiens d'amérique aussi... de petites plaines, avec des bisons. y'avait même la cavalarie, le "7ème de cavalerie", avec un grand blond assez dingue qui la commandait (z'étaient une 10aine...)... y'avait un feu, au loin, et y'avait un débat à l'assemblée, qui disait que c'était la faute au grand blond et à sa cavalerie. puis y'avait des chaines de télé "fictives", qui devaient "inventer l'actualité", et ça, ça me troublait dans le rêve... y'avait cette femme qui se reflétait dans le quadruple vitrage spécial anti-uvs, et qui semblait parler au travers de tout, tout le temps, même quand custer (le grand blond) arrangait l'assemblée de romains. et je me disais que c'était comme si elle était une voix, la seule valable, malgré la télé "fictive", les débats, les oasis... et elle parlait avec les yeux, mais je savais ce qu'elle disait, mais je n'arrivais pas à comprendre. pas à cause du bruit des autres de l'assemblée, mais parce que c'était un truc en moi qui était bloqué... un truc dans la poitrine. comme un os. un sentiment osseux, pointu, mais qui n'arrivait pas à être pensé par mon cerveau. et c'était frustrant parce que je sentais tellement de beauté derrière tout ça... pourtant, tout se passait bien, mais il restait comme un malaise... en fait, c'était pas vraiment accessible, ou il manquait quelque chose. pourtant, dans mon rêve, j'étais le seul à la voir. les autres savaient qu'elle était là, cette femme, mais ça ne les dérangeait pas de ne pas faire attention à sa présence.
fin en tous cas, y'a toutes sortes de manières de voir les choses. ça c'est bien vrai.
Ecrit par : oAo | 03.03.2009
Belle performance É, alias chien de paille, notopo, changlier, oAo et bien d'autres pseudonymes...
:)
Ecrit par : Inuk | 03.03.2009
Ah, non. C'est pas moi. Mais je reconnais le style de cet énigmatique graphomane, qui a aussi sévi sous le pseudo de « * ». J'aime bien ce qu'il écrit. Mais moi je suis trop fatigué pour tripper pseudonymes. Sinon, tu pense bien que j'aurais pas tout fait sous mon propre nom !
Ecrit par : McComber | 04.03.2009
je confirme. monsieur McComber est un honnête i(é)mmigré clandestin qui tavaille pour l'internationale lettriste (qui n'a jamais vraiment été dissoute, en fait). c'est un passioné de cyclotourisme. moi aussi je fais du vélo, mais pas pareil.
c'est pourquoi on peut nous confondre.
on dira que je pédale dans la choucroute, alors qu'il en est déjà à mitoner sa recette personelle. sans les saucisses de frankfurt, c'est tout. il est juste parti en france pour s'intéresser au cassoulet, dont il faut extraire à tout pris toute cette viande comestible. c'est un travail éthique de longue haleine. rien de mieux que le vélo pour entretenir son endurance. monsieur McComber, j'ai confirmé.
bonne journée à tous.
Ecrit par : oAo | 04.03.2009
Belle histoire qui reflète « lune » des contradictions de l'être humain et de l'univers : on vit tous sur la Terre, mais pas nécessairement sur la même « planète ».
Ecrit par : D Rimeur | 04.03.2009
Je suis comme Mac Comber , j'aime bien ce qu'écrit cet énigmatique graphomane !
Et une fois de plus D Rimeur , je trouve votre commentaire savoureux !
:-)
Ecrit par : helenablue | 04.03.2009
@ McComber,
alors oAo est un frère cosmique... vous devriez vous échangez vos adresses courriels et vous entendre sur une journée pour un bon café-cognac quelque part dans l'Univers... hé!
@ D Rimeur,
Ah, cette bonne vieille voix raisonnable! Une sorte de boussole pour ceux qui sont perdus (bien que moi je préfère être perdu :lol:)...
T'es tellement fort que t'as saisi l'essence de mon message s'il y en avait un...
@ Blue,
Attention, je vais te présenter à D Rimeur. D'ailleurs je le connais assez pour savoir que cette rencontre virerait au coup de foudre dans la galaxie du Net... Dommage il est pris-prix... ;)
Ecrit par : Inukshuk | 04.03.2009
J'avais posté mais je crois que mon commentaire a disparu dans les couloirs du net... donc je disais :
Croire ce que l'on voit ou voir ce que l'on croit ?
Je ne suis pas d'origine bédouine mais targui et suis une amoureuse de la lune.. aussi ton texte m'interpelle.
Voyager n'est pas purement physique pour celui qui sait. Les réalités peuvent être ailleurs.
Bises
Ecrit par : Malvina | 07.03.2009
Malvina , je pense vraiment comme toi , voyager est avant tout une avnture de l'esprit .
les réalités sont partout , et toutes différentes ...
Amitiés
Hélèna
A bientôt Inuk .
Kiss
Ecrit par : helenablue | 07.03.2009
@ Malvina,
Voilà bien un texte qui présentait des difficultés d'ordre lexical. J'ai parlé des Bédouins, mais je me rappelle tout à coup qu'il s'agissait de Touaregs. Puis il y a tout le vocabulaire du désert qui m'ont échappé pendant la rédaction. C'est comme toutes mes lectures (les Mille et unes nuits ou quelques auteurs ayant voyagé dans ces territoires) n'avaient servi à rien...
Bien sûr il y a le voyage réel et le poétique. Et il y a les deux, la forme la plus riche.
@ Blue,
En effet, les réalités sont partout différentes et quelque part tout le monde finit par se rejoindre à d'autres niveaux.
Ecrit par : Inukshuk | 07.03.2009
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