10.05.2008

L'ennemi intime

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La guerre est injuste, autant pour les conscrits que pour les volontaires, tout le monde sait ça, sauf les cons et les enfoirés. Le véritable enjeu est de savoir comment y réagir, et c'est ce que le film L'Ennemi intime s'attache à explorer avec brio.

L'ennemi, en effet, ce n'est pas juste celui qui vous fait face sur un champ de bataille, car il faut savoir que d'un côté comme de l'autre se trouve un homme qui a été lui aussi forcé à combattre. D'autres vont se contenter d'en rester avec l'impression que l'Autre, c'est la bête et le méchant.

Alors, vous, que feriez-vous si vous étiez pris dans le même dilemme? Vous transformeriez-vous en monstre vous-même? Prendriez-vous le risque de rester humain, malgré tout

C'est ce genre de question que n'importe quel cinéphile se poserait s'il était exposé pour de vrai à ce genre de situation. Le superbe film de Florent Emilio Siri vous amène à cette réflexion, que vous le vouliez ou non, d'autant plus que les Magimel (flambloyant), Dupontel (inspirant et charismatique) et compagnie s'y emploient avec une efficacité diabolique.

Et puis, ne serait-ce que pour  l'Algérie profonde aux paysages panoramiques et éternels, le détour en vaut la peine.

Un très grand film que je recommande chaudement.

J'avoue avoir pensé à un copain de l'âge de mon père et un ancien commando d'Algérie... Il n'a pas eu besoin de voir ce film: il l'a dans la tête à tous les jours de sa vie. Je le salue, en passant.

21.02.2008

Le suicide au temps de l'adolescence

4597acb5314a2b587ef6031582db63cb.jpgOuais, le titre de ce billet est un peu fort, mais ça colle quand même. J'aurais aussi pu l'intituler "L'adolescence au temps du suicide américain", le terme "américain" étant gage de succès depuis quelque temps. Il suffit de l'accoler au bout d'un titre pour faire plus cool et chill. Moi-même je l'ai déjà fait dans ce blog... Tiens, j'aurais pu appeler ce blog, Le blog américain...

Quoi qu'il en soit, Tout est parfait, le film de Yves Christian Fournier, est de calibre pour un premier essai de long métrage. Du beau travail, en fait. Tout coulait de source. L'environnement du tournage correspondait à l'état d'âme du personnage principal, Josh (Maxime Dumontier), et le choix des teintes, quelque chose comme des tons gris mélangés à d'autres tons sombres servaient de cadre réaliste au déroulement d'une histoire dure et triste.

L'autre qualité du film, c'est que le réalisateur a su aborder la question adolescente sans sombrer dans le moralisme, le prêchi-prêcha ou les voeux pieux. Là où toutefois je l'ai deviné trop facilement (à ceux qui comptent voir le film, fermer un oeil), c'est dans le développement de l'intrigue (scénario de Guillaume Vigneault) qui ressemblait pas mal au classique et transcendant Ordinary People. Eh oui, le moteur du film s'appuie sur la culpabilité. La culpabilité du survivant, dirais-je... Il aurait peut-être fallu trouver une autre formule différente de celle choisie par Robert Redford, mais peut-être suis-je le seul à faire le parallèle. Ou encore, plus récemment, ce film de Sophia Coppola, Virgin Suicides et les suicides inexpliqués en série...

Ce film vaut tout de même le détour, surtout que la distribution mérite une mention spéciale. C'était pour ces acteurs un premier film, pourtant on dirait qu'ils avaient tous le cinéma dans le sang. Les deux acteurs principaux sont vraiment d'une classe à part, en particulier Dumontier qui perce l'écran comme pas un. Vous allez le revoir ailleurs, c'est certain.

Dernier bémol: l'accent choisi. Oui, c'est très réaliste, mais les autres francophones du monde vont fort probablement râler. Moi-même, j'ai dû tendre l'oreille pour saisir ce qui se disait. J'ai des réserves quant à cette recherche extrême d'authenticité. Il y a sûrement moyen de transmettre l'idée du langage télégraphique des ados sans devoir reproduire exactement, à la virgule près, les intonations (oh là, au moins daigner mettre des sous-titres au lieu de nous soumettre aux murmures!) et les raccourcis phonétiques pour rendre plus crédible une histoire qui l'est déjà passablement.

Ce film a été présenté en ouverture des Berlinales de cette année. 

 

14.01.2008

Le supplice de la question

e07e0cd83f63c61c41601ee61d854af7.jpgPetit commentaire rapide sur le film de Nicolas Klotz, La question humaine. Adapté du roman du même titre de François Emmanuel, ce troisième volet d'une trilogie (Paria et Blessure) portant sur la violence contemporaine s'intéresse aux dérives de l'économie néo-libérale.

Simon (Mathieu Amalric), psychologue de formation, est au centre d'une histoire se déroulant dans les couloirs d'une multinationale. Responsable des ressources humaines, Simon a joué un rôle significatif dans la restructuration de l'entreprise et le film montre les conséquences que cela peut avoir sur le personnel, en l'occurence le directeur adjoint joué par Michael Lonsdale (très fort dans sa prestation).

Ce thriller psychologique joué avec une lenteur voulue a pour objet de démontrer que le capitalisme tous azimuts, tel que nous le voyons sous nos yeux ces années-ci, peut avoir des excès qui sont comparables à ceux d'une dictature, sinon au fascisme.

Traité d'une manière trop intellectuelle et apprêtée d'une manière parfois trop recherchée, la quête du réalisateur se trouve par le fait même à manquer d'envergure et de dynamisme. Le jeu des acteurs peut parfois donner l'impression que la mise est sauvée, mais, au final, c'est l'ennui qui l'emporte, tellement la construction est lourde et froide.

Pour amateurs très accrochés des deux premiers volets du réalisateur, à n'en pas douter... Autrement, c'est un supplice interminable. 

16.12.2007

Le dernier continent

Il s'agissait, au départ, d'une expédition dans le Pôle Sud pour y étudier les effets du réchauffement climatique. Le biologiste Jean Lemire et son équipe de 12 personnes ont alors affrété le Sedna IV pour passer une année, aux alentours d'une baie. Ils comptaient, entre autres, sur l'hiver pour profiter de l'emprisonnement du navire dans la glace et ainsi mettre pied à terre, jouer au hockey et explorer les environs de la banquise. Mais rien de tel ne s'est passé comme prévu.c93140bdcac486d5b2b95fea3183e44a.jpg

En effet, l'effet de réchauffement (le temps trop clément) a empêché la prise des glaces, de sorte que le navire devenait la prison des passagers, ne pouvant sortir de cette région du globe. Rapidement, l'équipage s'est retrouvé en situation de survie et le voyage du bout du monde est devenu un voyage intérieur pour tous les membres de l'aventure. Tous, aux dires de Lemire, ont dû apprendre à faire des compromis pour survivre, sans compter le stress relié aux mésaventures d'un voilier entouré de récifs:

Les scènes les plus tendues du film montrent comment, en raison de l'absence de glace, le voilier a failli se fracasser sur des récifs sous la force des vents de l'hiver antarctique. 

Parallèlement à cette expérience extrême se greffent à ce documentaire des images panoramiques et fascinantes d'une nature encore mal connue, selon les dires des critiques. À voir bientôt sur les écrans de Montréal le 21 décembre.

http://www.radio-canada.ca/arts-spectacles/cinema/2007/12... 

http://moncinema.cyberpresse.ca/nouvelles-et-critiques/no... 

03.12.2007

Le dernier Cohen

f487e450425334b965f830c3c236126e.jpgJ'ai vu la dernière mouture des frères Cohen ce week-end, Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme. Film allégorique sur la violence gratuite, la démonstration recherchée par les réalisateurs est pour le moins complète... Le personnage principal (interprété par l'excellent Javier Bardem) est franchement le dernier des psychopathes et la mort ne représente pour lui qu'une fatalité voulue par le Destin ou la nature... Autour de lui gravitent un ancien du Vietnam (l'inspirant Josh Brolin) qui cherche à faire le coup de sa vie, et un shériff au bord de la retraite (Tommy Lee Jones) qui philosophe sur le métier de justicier. Les temps ont changé, il n'y a pas à dire... Autrefois, certains shériffs ne portaient même pas une arme!

Pensez-vous renouer avec l'originalité de Fargo en allant voir cette dernière production? Si oui, vous risquez de le regretter. Fargo était un exercice de style réussi, tandis que l'autre fait appel à une recette dont on recherche la mécanique et/ou le processus pour reproduire la magie de la première fois. Après le film, j'ai pensé que Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme appartient sans aucun doute au Jackie Brown de Tarantino, un film qui voulait justement reproduire le hit de Pulp Fiction. À ce chapitre, l'art cinématographique, comme toute forme d'art, est intraitable. Faut pas tricher avec les processus de création...

11.11.2007

Bric-à-brac cinématographique

17ecfebfef8abfba846fc3615f029db9.jpg- Au cinéma, l'après-midi. Je suis seul dans une salle de projection et je savoure à l'avance l'idée d'avoir une salle à moi tout seul comme dans une projection privée. Un court instant, je commence à y croire. Puis, juste comme le film débute, un inconnu se découvre dans la pénombre du hall d'entrée. Il hésite un moment, puis il choisit une rangée en avant de moi. Il continue à avancer dans cette rangée, avant de s'arrêter juste en face de moi. Son instinct lui avait donc commandé de s'asseoir juste en avant de moi, dans une salle vide! Sidérant que ce besoin de tribalisme...

- J'ai toujours succombé au racolage des bande-annonces des films prochainement à l'affiche. Chaque fois, je tombe dans le panneau, sachant malgré tout que derrière ce montage d'images et de sons, il y a une recette usée à la corde et réutilisée à outrance par des monteurs professionnels engagés par les maisons de productions. Ce n'est jamais le réalisateur du film qui s'occupe de ce genre de truc. Pourtant, le charme fonctionne si bien qu'au moment où le programme principale commence, subitement, je me rends compte avec regret que je suis venu pour voir tel long métrage et que je dois me résoudre à le regarder en tâchant d'oublier les promesses irrésistibles des bande-annonces...

- Une dernière. Il y eut un temps où je scrutais minutieusement le générique d'un film américain dans l'espoir d'y voir un nom d'artisan ou de technicien francophone. Presqu'à chaque fois j'y arrivais. Et encore aujourd'hui, je remarque de temps en temps un nom de famille à consonnance francophone défiler sur l'écran. La conclusion qui s'impose? Beaucoup d'expatriés aux États-Unis: le générique des films le confirme... ;)