26.05.2008

Maurits Cornelius Escher

1940157190.jpgVu hier un documentaire (Achever l'inachevable) sur le graveur artiste Maurits Cornelius Escher. Préoccupé par les principes mathématiques derrière la réalité, Escher en explore les multiples possibilités. Si ses prédécesseurs avaient déjà découvert l'effet de perspective (principalement à la Renaissance), il restait des mystères à percer, ce à quoi Escher s'est tôt employé après avoir abandonné l'idée de poursuivre une carrière d'architecte.

Escher est connu pour plusieurs tableaux ou gravures représentant une énigme mathématique telle que par exemple le ruban de Möbius, le cube de Necker et le ruban de Penrose. Le documentaire a surtout porté sur Exposition d'estampes. Cette lithographie montre l'effet visuel d'une image qui se renvoit à elle-même à l'infini, donnant par le fait même un effet miroir qui n'a pas de fin, de sorte que l'image se perd dans une fuite devenant infiniment microscopique difficile à imaginer. C'est pourquoi Escher a laissé un point central non résolu, ce qu'un admirateur d'Escher (Douglas R. Hostadler) soutient à son tour dans son essai Gödel, Escher, Bach.

Dans le documentaire mentionné plus haut, il est justement question des travaux de mathématiciens pour résoudre ce mystère du point central inachevé. La démarche est pour le moins impressionnante, d'autant plus qu'une solution a été trouvée, après de lourds travaux mathématiques menés avec brio par le Néerlandais Hendrik Lenstra .

http://www.sciences.uqam.ca/scexp/11fev08/vol7_no6_art_fa...

Escher dans wiki:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurits_Cornelis_Escher

Pour ceux qui veulent voir la résolution du centre:

http://ens.math.univ-montp2.fr/SPIP/local/cache-vignettes...

14.02.2008

Un souvenir de Nelligan

f688ee45c797374cb29e4b2e8b79c22c.jpgAutant l'émergence de poètes québécois a pris du temps à éclore, autant les traces matérielles qu'ils ont pu laisser le sont davantage. Notre histoire coloniale et les difficiles conditions culturelles en sont en grande partie responsables. Pourtant, à la jonction du XIXe et du XXe siècle, nous avions en notre sein un tel talent répondant au nom d'Émile Nelligan, fils d'un père irlandais et d'une mère canadienne-française.

Vivre de sa poésie à cette époque était l'équivalent d'une traversée du désert. Peu de gens avaient la chance de faire leur cours classique, à moins de venir d'une famille fortunée. Et tous ceux qui venaient d'une famille aisée ne demandaient pas mieux que de devenir notaire, avocat, médecin ou policien. Que des professions libérales... Quant au lectorat, il faut en déduire qu'il était plutôt mince dans une société concentrée d'abord à sa survie matérielle.

Nelligan a vécu ces contraintes de front. Il avait ce rare talent de faire rêver avec des mots, sauf que son père, inspecteur des postes, voulait qu'il devienne "quelqu'un". Avant même d'avoir complété un premier recueil de poésie, son talent avait même été reconnu lors d'une soirée de l'École littéraire de Montréal, à la seule lecture publique de la Romance du vin.

Je ne suis pas féru de poésie, je dois l'avouer. Pourtant, je me rappelle avoir lu son Vaisseau d'or ou encore Soir d'hiver. À part le recueil de poésie, je me demande ce qu'il reste de tangible de ce poète génial mort-né (atteint de folie et interné jusqu'à la fin de ses jours). J'ai vu une plaque en son honneur, sur le devant d'une maison, indiquant qu'il avait déjà habité à cette adresse, rue Laval sur le Plateau Mont-Royal.

Un amateur de sa poésie, dans une entrevue à la radio, avait déjà dit avoir touché à quelque chose de familier à Nelligan. Il avait habité le fameux appartement de la rue Laval, avant que ça ne soit reconnu par le Patrimoine. Dans un moment de distraction, cet amateur s'était appuyé les coudes sur une tablette en marbre, au bord de la fenêtre du salon.

Tout avait peut-être changé dans cet appartement depuis le départ de Nelligan, mais, chose certaine, cette tablette de marbre avait sûrement été dans l'environnement quotidien de Nelligan...

11.02.2008

Propagande

fc88457e2a5004cf1d0e2274239eb75d.jpgJe suis toujours fasciné par l'évolution d'un mot à travers les âges. L'un des mots les plus importants de notre époque, le terme "propagande", a justement subi ce genre de transformation:

Propaganda provient du latin propagare, qui signifie simplement propager. D'abord appliqué au domaine religieux, comme le souligne d'ailleurs Bernays, le mot entre dans le vocabulaire politique avec la Révolution française: mais, typiquement, il désigne alors, de manière neutre, le fait de propager des doctrines ou des opinions et n'évoque pas la manipulation, le mensonge, la partialité et la tromperie. Aux XIXe siècle, par exemple, le dictionnaire Littré, après avoir rappelé l'origine religieuse du mot, rappelle son extension dans le langage politique où il désigne, simplement toute association dont le but est de propager certaines opinions. Littré définit d'ailleurs "faire de la propagande" comme le fait de tenter de propager une opinion, un système politique, social, religieux.*

On sait quel sens péjoratif on donne maintenant à ce mot, surtout à partir du XXe siècle, date àa partir de laquelle la pratique de la propagande comprend le plus souvent des demi-vérités ou, pire encore, d'énormes mensonges dans le but de convaincre la population d'appuyer certaines politiques. Les exemples à cet égard sont légions, pour ne pas faire un vilain jeu de mots.

Ce billet m'a été inspiré par le début de lecture de Propaganda, essai d'abord publié en 1928 par Edward Bernays (l'un des premiers agents de relation publique, pour ne par dire l'innovateur dans ce champ d'activité). Il vient de paraître en français (traduction d'Oristelle Bonis) chez Lux éditeur.

ps: le personnage de l'oncle Sam dans la reproduction ci-contre (inspiré du président Andrew Jackson) est un exemple des débuts de la propagande telle que nous la connaissons aujourd'hui. Le tristement célèbre ministre nazi Goebbels se serait apparemment largement inspiré des travaux de Bernays, ce dernier s'étant appuyé sur la psychologie des foules pour "édifier" ses théories...

* extrait d'une note de bas de page dans Propaganda 

18.01.2008

Culture(s) parallèle(s)

Je ne savais pas quel titre donner à un étrange phénomène de pré-science, si je puis dire, en particulier dans le domaine culturel. Ici, j'ai intitulé cette note "Culture(s) parallèle(s)"  (faute d'avoir mieux trouvé) après avoir écouté quelques vidéos de Nirvana et de son chanteur Kurt Cobain. Voilà un groupe musical (grunge) dont je n'avais aucune idée de l'importance ni du sens de leur travail pendant la période active de ce groupe (1987-1994). Le plus étrange, c'est que j'ai connu des musiciens (à vrai dire, ils étaient  deux aspirant à le devenir), à peu près à la même période, dont l'un avait curieusement une vague ressemblance avec Cobain, et c'est d'autant plus étrange qu'ils pratiquaient comme par hasard du hard-rock amalgamé au grunge, si cela est possible. Allez savoir...

Voilà que des années plus tard, alors que je me balade sur YouTube, je m'amuse à écouter du Nirvana pour la première fois. D'accord, j'en avais peut-être entendu occasionnellement par hasard sur le FM (encore que ce genre de musique ne soit pas trop commercial), mais jamais n'avais-je fait attention à ce groupe. Quoi qu'il en soit, sur YouTube, je me suis mis à écouter leurs tubes les uns après les autres et, tout à coup, j'eus soudainement cette étrange impression que le phénomène Nirvana ne m'était pas étranger, que leurs paroles me disaient quelque chose, que cette révolte adolescente larvée chatouillait de vagues souvenirs, que l'atmosphère à la fois fébrile et feutré propre à Nirvana me renvoyait à un univers que dans le passé j'avais peut-être eu l'occasion de visiter, sans jamais prendre la peine de l'expérimenter en profondeur.97906ca0dceb7439d84b42b96ba00549.jpg

Nirvana
, quelque part, me rappelle un univers parallèle à côté duquel je suis apparemment passé à côté et pour lequel j'avais déjà, dirait-on, une passe gratuite sans même le savoir. Ainsi, je pense par exemple à  Lithium, Something like Teen Spirit, In bloom, Lake of Fire ou à Come as you are et ces mélodies, comme les paroles (écrites par Cobain), me semblent d'une familiarité stupéfiante. La personnalité de Cobain et son destin, après que je m'eus donné la peine de lire sur le sujet, ajoute à ce sentiment d'identification, sinon de sympathie.

Le plus étrange, c'est qu'au quotidien, je suis quelqu'un de tout à fait conventionnel et que je ne me vois nullement, rétrospectivement parlant, me tenir avec les fans de ce genre de musique, non plus ne vois-je me rendre dans les clubs ou autres endroits servant à des manifestations du grunge.

Voilà bien un mystère que je ne crois pas pouvoir résoudre avant longtemps... Et dire qu'il y en a d'autres du même genre pour qui se pose la question, j'en suis convaincu.

Je vous laisse avec ce lien renvoyant au vidéo de Come as you are:

http://www.youtube.com/watch?v=bOL5cpwTkes&feature=re...

Come as you are
As you were
As I want you to be
As a friend
As a friend
As an old enemy
Take your time
Hurry up
The Choice is your
Dont' be late
Take a rest
As a friend
As an old memoria
Memoria
Memoria
Memoria

Come
Dowsed in mud
Soaked in bleach
As I want you to be
As a trend
A a friend
As an old memoria
Memoria
Memoria
Memoria

And I swear
That I don't have a gun
No I don't have a gun
No I don't have a gun

Memoria
Memoria
Memoria
Memoria {don't have a gun}

And I swear
That I don't have a gun
No I don't have a gun
No I don't have a gun
No I don't have a gun
No i don't have a gun

Memoria
Memoria

17.01.2008

Archives littéraires américaines

C'est un collègue de travail qui m'a refilé un texte paru dans le New Yorker (11-18 juin 2007). Il s'agit de la renommée de plus en plus grande du Harry Ransom Humanities Research Center, le centre d'archives de l'université du Texas à Austin.

Pourquoi ce centre est-il devenu l'un des  plus importants au monde? Pour deux raisons: d'abord quelqu'un croyait qu'Austin devait avoir un centre d'archives consacré à la littérature, ensuite, cette personne a pu trouver des bailleurs de fonds pour ce faire.

Ce quelqu'un était Harry Ransom.

Ransom believed that one of the richest states in the country should have a book collection worthy of it. In his lecture, he proposed "that there be established somewhere in Texas - let's say in the capital city - a center of our cultural compass, a research center to be the Bibliothèque Nationale of the only state that sarted out as an independant nation." Texas's power brokers responded with money, and the university allowed Ransom to use some of its oil revenue for acquisitions.74848177fb82262d98597f03013ab570.jpg

Après le départ de Ransom, c'est Tom Staley (photo) qui a pris la relève. Ce dernier a mis encore plus l'accent sur l'achat d'archives. Non seulement s'est-il rendu compte qu'il fallait les fonds pour attirer les meilleures archives dans leur centre, mais encore devait-il trouver les arguments et les trucs pour y arriver. Par exemple, Staley, grâce à un contact, a su avant les autres qu'il existait d'importantes archives à la suite du décès de Stuart Gilbert, le secrétaire de James Joyce. Comme Gilbert était marié à une Française, des lois nationales interdisaient la vente de ce patrimoine littéraire. Staley a profité d'une journée fériée (l'Ascension) pour louer un camion de boulanger dans lequel des employés ont chargé les précieuses caisses... Cette cargaison avait ensuite pris le chemin de la Manche.

L'intérêt majeur de tout ce travail d'archivage se trouve non seulement dans la fierté de réunir des trésors de la littérature, mais aussi de pouvoir étudier les différentes phases de productions d'une oeuvre littéraire, en particulier quand il est possible de comparer les différentes versions précédant celle qui sera considérée comme la définitive.

À ce jour, le Harry Ransom Humanities Research Center recèle les archives de nombres d'écrivains d'importance tels que Samuel Beckett, Dylan Thomas, Malcolm Lowry, James Joyce, Erza Pound, John Osborne, Tom Stoppard, David Hare, Bahevis Singer, Arthur Miller, Norman Mailer et Don DeLillo pour en nommer quelques uns. Au-delà de 6 millions de pages manuscrites!68281409f973a9ea338618edec849626.jpg

Pour qui aura la chance de passer bientôt par Austin (Texas), il ne devra pas manquer l'exposition en l'honneur de  l'écrivain beat Jack Kerouac, qui avait fait paraître il y a cinquante ans le livre culte On the road.  Pendant cette exposition, le visiteur aura le bonheur de voir l'un des rouleaux (prêté par la collection Jim Irsay) ayant servi à la rédaction du fameux roman.

 

http://www.hrc.utexas.edu/exhibitions/upcoming/ 

http://www.hrc.utexas.edu/ 

 

Texte largement inspiré de Final Destination par D.T. Max (New Yorker