28.09.2008

Les cycles historiques II

ruine.jpgOn le sait, l'histoire se répète.

Mais encore, il faudrait savoir pourquoi.

Dans Toute l'histoire du monde, je suis tombé sur cet extrait qui semble bien expliquer la situation aux États-Unis, alors que ce pays fait face actuellement à une déstabilisation de son système financier. En fait, les auteurs reprennent une proposition de Chateaubriand que je trouve très juste:

Une classe dirigeante connaît trois âges successifs: l'âge des supériorités, l'âge des privilèges, l'âge des vanités. Sortie du premier, elle dégènère dans le deuxième et s'éteint dans le troisième.

Ils poursuivent ici dans leurs propres mots:

Quand une classe dirigeante s'écroule, cela peut entraîner l'écroulement de la société si des dirigeants de remplacement ne sont  pas prêts à prendre sa place. Quand la noblesse s'écroula lors de la Révolution française, la bourgeoisie était prête à (et désireuse de) assumer l'État.

La classe financière américaine, qui s'est royalement plantée dans l'affaire des subprimes, se tourne du côté du public pour se faire renflouer. Pourtant, cette même classe arrogante n'a cessé de proclamer au cours des dernières décennies les vertues des forces du marché libre. Aujourd'hui, elle ne fait même pas amende honorable: elle continue à dire la même chose, incapable qu'elle est de reconnaître sa mauvaise foi.

Serions-nous déjà dans l'âge des vanités?

23.07.2008

L'Assimilation - une courte histoire

assimilationà.jpgS'il y a un sujet qui occupe mon esprit de manière récurrente, c'est bien celui de l'assimilation des francophones d'Amérique. Il suffit de lire l'histoire des Canadiens-français et celle des Québécois pour comprendre que cet épée de Damoclès ne cesse de pendre au-dessus de nos têtes.

Tout au long de notre histoire, il y a eu des coupes sombres (pour emprunter un terme de foresterie...) menaçant notre survie culturelle, sinon notre survie tout court. Dès la Nouvelle-France, le problème de la survie s'est imposé, ne serait-ce qu'en raison de l'environnement ingras  et des difficultés d'adaptation des nouveaux habitants dans un nouveau territoire. Puis, il y a eu les affrontements avec les Amérindiens qui voyaient négativement l'implantation des Européens sur leurs terres. Le commerce, oui, la colonisation, non.

Après la Paix des Braves en 1701 (entre les tribus amérindiennes et la Nouvelle-France), une autre époque était entamée. Mais la menace anglaise qui s'était aussi fait sentir depuis longtemps s'est imposée encore davantage en raison des affrontements entre Anglais et Français sur le continent européen.

Ensuite, ce fut la Conquête (1759), avalisée par le traité de Paris (1763),  les pertes matérielles et humaines, la fuite des élites françaises, la confiscation des terres et du commerce, l'exil de beaucoup de Canadiens dans les territoires encore inexplorés de l'Amérique. Pendant et après la formation du Canada, le phénomène de l'assimilation avait d'abord frappé les commuautés hors du territoire du Québec. Des difficultés économiques ont ensuite forcé beaucoup de familles canadiennes à émigrer dans les États de la Nouvelle-Angleterre pendant le XIXe siècle et le début du XXe. L'écrivain franco-américain Jack Kerouac appartient à cette vague migratoire.

Toute cette histoire en est donc une de survivance et chaque époque prélève sa "ponction" de francophones, de sorte qu'il n'y a jamais eu de masse critique suffisante, ni de forces économiques assez dynamiques, pour que cette population, surtout celle délimitée par la province de Québec, puisse faire le saut "quantique" pour former un État à son image. Aussi, la seule issue possible a longtemps été la pratique du compromis avec le maître britannique, puis Canadian.

Dans ce contexte, les promesses d'une vie prospère étaient souvent assurées par l'apprentissage de l'anglais, que ce soit en tant que Québécois ou en tant qu'exilé quelque part en Amérique.

La prospérité subite des Québécois dans l'après-guerre a parfois donné des espérances du côté de la maîtrise de notre économie et de notre demi-État. Jusqu'à tout récemment, je croyais que malgré tous les soubresauts que notre histoire avait connu, il pouvait y avoir encore de l'espoir.

Puis la mondialisation et le libéralisme débridé, qui sont devenus la norme dans la jeune génération (comme de notre élite économique), remettent tout en question relativement à l'identité culturelle et à l'émancipation d'une nation en un État. Toutes ces idées passent maintenant pour rétrograde et l'apprentissage de l'anglais est perçu comme une évolution vers l'avant. Bref, devenir un anglophone c'est devenir un être supérieur et/ou un citoyen du monde. Beaucoup mieux que francophone unilingue, c'est évidence même.

Tandis que celui qui s'accroche à sa culture d'origine est un pauvre plouc. Définitivement arriéré, quelque part...

C'est à cela que je pensais quand j'écoutais Gate 22 de Pascale Picard... Une belle frimousse tout de même... bien qu'elle reproduise les mêmes tics des chanteuses folk des années '60... Des phrases à demi-prononcées comme dans un rêve... Un rêve anglophone, bien entendu... qui se termine par un fondu en noir et un éclairage à contre-jour... comme dans un film d'horreur... Voir la dernière séquence pour vous en convaincre. Bien sûre, Pascale joue la carte de la provocation soft.

L'assimilation, de nos jours, ne procède plus selon un mode contraignant mais plutôt à partir d'un mode festif et d'une ambition mondialiste, rien de moins.

 

22.02.2008

Exploration du continent américain (1763-1846)

f2ebda831119c51497b0e405994d9585.jpgJ'ai longtemps lu la littérature d'ailleurs, ne voyant pas l'intérêt de la nôtre si jeune et si peu connue. C'est peut-être en grande partie parce que l'histoire des Canadiens - plus tard, celle des Québécois - n'est pas celle d'un empire mais bien celle d'une survivance.

À part les lectures obligatoires pendant mes études, rarement ai-je pris la peine d'explorer cet univers. Aussi n'ai-je lu qu'une partie de l'oeuvre de Félix Leclerc (eh oui, il a été écrivain avant d'être chansonnier) ainsi que des auteurs comme Yves Thériault (pour le fameux Agaguk), le contemporain Yvan Ducharme (L'Hiver de force, entre autres) et quelques autres comme Ringuet (Trente arpents) et le très nostalgique Menaud Maître Draveur de Félix-Antoine Savard.

8ff7f29ae947ae13da4a892fa9330f30.jpgC'est en m'intéressant aux Canadiens du XIXe siècle (la grande période de dormance suivant la conquête) que j'ai commencé à saisir leur esprit, leur allure et surtout leur importance. Peut-être est-ce dû au Journal de la première traversée du continent nord-américain (1804-06), édition établie et présentée par le Français (!) Michel Le Bris (éditions Phébus), qui a subitement déclenché cet intérêt. Il s'agissait du compte-rendu de l'expédition Lewis & Clark, commandité par le président Jefferson (à la suite de l'achat de la Louisiane à Napoléon), qui avait pour objet d'explorer le Missouri, de la ville de St-Louis jusqu'au Rocheuses pour ensuite se rendre au Pacifique avant de finalement revenir sur leurs pas. Une quarantaine d'hommes allaient alors à la rencontre d'Amérindiens dont la plupart n'avaient encore jamais vu de Blancs! Une énorme aventure dans laquelle des Canadiens (George Drouillard, Toussaint Charbonneau et quelques autres) ont joué un rôle de premier plan comme guides, chasseurs et interprètes auprès des Amérindiens. Franchement impressionnant comme programme, non?

J'y apprenais aussi, par cette lecture, que les agglomérations de Detroit et de St-Louis étaient à cette période de l'histoire principalement habitées par des Canadiens et que de ces endroits partaient souvent les explorateurs de l'époque suivant la Conquête. Voilà donc un espace encore libre - celui situé au-delà des Appalaches - où "chevauchaient" des hommes libres, indifférents aux disputes de frontières (puisqu'elles n'étaient pas toutes tracées définitivement), avides d'aventures et de nouveaux territoires. Cette Amérique me fascine énormément, vous l'aurez deviné. Non pas à la manière longtemps présentée par le cinéma américain de John Ford et autres, celui des cow-boys confrontés aux méchants Indiens, mais plutôt sous l'angle d'hommes rencontrant d'autres hommes et d'autres cultures, même si parfois les rencontres pouvaient résulter dans la dispute, sinon la violence.

a3b2dd852535e072786bb637783aa538.jpgPar ailleurs, l' émission diffusée sur la SRC de l'anthropologue Serge Bouchard (photo), intitulée De remarquables oubliés, a aussi contribué à ce nouvel intérêt. Par son travail, une partie de notre histoire revient en notre possession, ses travaux remettant en vie une partie de notre héritage patrimoniale quasiment perdue, faute de ressources pour préserver ces informations. Pas étonnant qu'une grande partie de ses travaux fait appel aux sources américaines, là où des Canadiens ont marqué l'histoire du continent pendant le XIXe siècle!

Le hasard fait bien les choses, je suis récemment tombé sur le livre de Benoît Brouillette, Pénétration du continent américain (1939), qui fait une sorte de résumé de l'exploration du continent américain, de la Conquête jusqu'en 1846 (date du traité Buchanan-Pakenham fixant les frontières  canado-américaines). On y parle de la traite des fourrures (1763-80) sur les rives des Grands Lacs et ailleurs vers le Sud et l'Ouest, des missions, des explorations des grandes rivières et des journaux français (Jean-Baptiste Trudeau et son Voyage sur le Haut-Missouri - 1794-96 et autres) tenus par les explorateurs.

C'est peut-être par ce parcours que je suis en train de me réapproprier non seulement mon héritage culturel mais aussi la littérature de mon pays. En tout cas, si j'avais le loisir de choisir une période où je pourrais vivre une autre vie, bizarrement je choisirais de retourner  dans cet espace-temps, quelque part entre le Missouri et la Californie, tellement tout cela me semble captivant.

ps: s'cusez d'avoir été si dissert aujourd'hui... Si vous saviez que je me retiens de ne pas trop en dire..., vous ne m'en feriez pas le reproche... ;)

 

17.12.2007

Évolution de l'histoire

Il m'est venu une drôle d'idée en approchant de la fin du livre Histoire d'Angleterre de Chassaigne. Dès que l'auteur franchi le XVIIIe siècle, c'est la notion d'économie (associée à la science) qui commence à prendre de la place aux dépens de l'idéologie, de la philosophie et de la religion. Rendu au XXe siècle, le livre ne donne plus que des statistiques et des tendances auxquelles les politiciens ne font que réagir.344fe79d75c6c5225e639b562b07b5ff.jpg

Puis, tout à coup, je me suis demandé si l'histoire de l'homme n'en était pas une intimement reliée au passage de la foi en une doctrine à celle de la tyrannnie de l'économie et des rendements aux actionnaires. L'accent que met Chassaigne sur les chiffres et les statistiques n'est pas un hasard: tous les autres livres d'histoire générale font le même parcours. En fait, je me demande si la véritable histoire de l'Homme n'est pas juste une évolution vers l'éternel déséquilibre des comptes et une obsession du tiroir-caisse...

13.12.2007

Le mystère anglais

Voilà bien une situation qui n'a jamais cessé de me fasciner, à savoir l'incroyable stabilité politique du Royaume-Uni (United Kingdom) depuis le XIXe siècle et même depuis le début de son histoire, si on ne tient pas compte du Parlement croupion sous le règne de Cromwell.

feaea1573cf5e04c2d0e4779a4ab123f.gifC'est en continuant ma lecture de l'Histoire de l'Angleterre de Chassaigne que je suis tombé sur une explication de ce phénomène, en particulier pour l'Angleterre moderne (p. 285):

(...) vigueur de la répression, bien sûr, mais aussi, et surtout, déférence profonde du peuple vis-à-vis de l'élite, en dépit d'explosions de mécontentement passagères; action modératrice de certaines Églises, tel le méthodisme, très répandu dans les couches populaires; habileté tactique des classes dirigeantes, qui surent concéder à temps les réformes; structures tripartite de la société anglaise, qui rend impossible tout combat frontal entre deux classes antagonistes; existence d'un profond consensus national autour de quelques valeurs clef, tels la Couronne, le patriotisme ou l'acceptation des inégalités.

Le monde est drôlement fait : pendant que, au fil des décennies, de vastes territoires sont secoués de révolutions politiques et de guerres civiles chroniques, le Royaume-Uni persiste et signe dans sa constance. Énigmatique.

29.11.2007

Radisson, un héros oublié

Je vous écris d'un centre de villégiatures sans même me servir d'un dictionnaire ou d'un quelconque ouvrage de référence. Néanmoins, je tiens à dire un mot sur Radisson, une personnalité méconnue de l'histoire de la Nouvelle-France. J’en ai parlé sur un autre site : http://politiclub.forumpro.fr/francophonie-f26/chroniques... . Et comme il a été question de Churchill et du Manitoba dans ma note précédente, l’enchaînement tient la route...

D'abord, je suggère de nouveau d'aller écouter l'enregistrement de l'émission (à la SRC Société Radio-Canada) de l'anthropologue Serge Bouchard sur ce sujet en particulier. Je le recommande chaudement parce que c'est très bien documenté et que M. Bouchard est un animateur hors-pair: http://www.radio-canada.ca/radio/profondeur/RemarquablesO... .

72551b42e6cd2b5891c42c89a3c48a64.jpgMaintenant, une petite introduction sur cet aventurier. Radisson est né en France en 1636, ensuite sa famille s’installe en Nouvelle-France (Trois-Rivières) alors qu’il est âgé de 15 ans. La suite de son histoire en est une remplie d’aventures extraordinaires (où il a failli perdre la vie à plus d’une reprise); elle a pour objet la traite des fourrures dans la région des Grands Lacs et la baie de Hudson (autour du confluent de la rivière Nelson, au sud de Churchill). Son problème principale, tout au long de son parcours, était celui du financement de ce genre d’entreprise. Associé avec Des Groseillers, son mentor, Radisson a tour à tour fait affaire avec les Français et les Anglais (même avec les Américains) pour finalement terminer sa carrière avec les Anglais et la compagnie de la Baie de Hudson. Il était celui qui connaissait le terrain et les hommes : il n’avait besoin que de capitaux pour mener à bien ses entreprises.

Ses péripéties sont nombreuses et l’émission de M. Bouchard mérite d’être écoutée, ne serait-ce qu’une fois. Si j’insiste sur Radisson, c’est qu’il est, à mes yeux, un précurseur de l’homme universel d’aujourd’hui, celui qui s’occupe des contacts internationaux et qui parle forcément plusieurs langues. Radisson parlait non seulement le français, mais aussi l’anglais, l’espagnol et plusieurs langues autochtones. Toutes ces langues ont été apprises sur le terrain.

Voilà ce que j’appelle un homme-orchestre capable d’explorer toutes sortes d’avenues.