27.02.2009
Le Voyage
Tout a été dit sur l'écrivain Louis-Ferdinand Céline et pourtant l'homme reste encore énigmatique. J'ai donc fait un survol sur YT pour voir ce que je pourrais trouver à son sujet. J'ai vite renoncé à reproduire les interviews de la fin des années '50 et début '60. Aussi étrange que cela puisse paraître pour un tel écrivain de la verve et de la parole, Céline n'est pas un orateur ou un discoureur devant la caméra. Si vous y tenez, YT est là pour vous l'offrir.
J'ai donc choisi un reportage s'intéressant aux propos d'un spécialiste de Céline, en particulier sur les raisons du refus du Danemark à l'extrader dans la France d'après-guerre... Le reportage comprend des images d'archives de Céline à la fin de sa vie. "Les Danois auront permis quelques chef-d'oeuvres de plus à la littérature française..."
La présentatrice, ô ironie, est à des années-lumière du style Céline comme vous pourrez le constater dès les premières séquences. Ça ne dure que quelques secondes... ;)
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02.02.2009
Lowry à son éditeur

La correspondance des écrivains avec leurs éditeurs constituent sans doute le côté le plus piquant de la littérature.
Les écrivains s'y révèlent encore plus que dans leurs romans et essais. On peut deviner tous les trucs et astuces auxquels ils peuvent recourir pour convaincre un éditeur hésitant à franchir le pas.
D'autres fois c'est pour éviter des coupures dans livre lui-même.
Chaque fois, c'est la réaction d'un créateur face à son rejeton: une sorte de lien maternel puissant transpire de ces pages.
Des exemples? La correspondance Fante/Mencken reste pour moi l'un des plus beaux exemples de ces rapports tordus entre écrivains et éditeurs.
Il y a aussi bien entendu la correspondance de Céline avec l'éditeur Gallimard. Si vous voulez vous refaire la main en termes d'insultes salées, mettez la main sur ce livre...
Mais il y a eu aussi des écrivains nettement plus modérés dans leur approche. Je pense à une longue lettre (40-50 pages!) de Malcolm Lowry à son éditeur Jonathan Cape. Après des commentaires généraux remettant en cause les observations des lecteurs de la maison, Lowry repasse en revue les douze chapitres de son roman et en fait une fine analyse critique.
Tout y passe, les symboles, les références politiques, religieuses, temporelles et mêmes spatiales. Même les dates des différentes versions, celles-ci comparées avec la publication d'un autre roman explorant les mêmes thèmes - celui d'un collègue - publié chronologiquement avant lui. Voici un exemple emprunté par Lowry au cinéma pour défendre le côté temporel de son roman:
Je lisais l'autre jour un article consacré à l'utilisation interne profonde du temps qui fait le succès ou l'échec d'un film et qui est l'oeuvre du cinéaste ou du monteur. La réussite dépend de la vitesse à laquelle se déroule telle ou telle scène comme de la quantité de pellicule consacrée à telle autre. Elle dépend aussi de la nature des séquences placées entre les deux car la façon dont on fabrique un film permet de changer la place de séquences entières. Je crois que le lecteur dont vous m'avez envoyé le rapport aura au moins été suffisamment impressionné pour faire une lecture créatrice du roman, un peu trop sans doute, comme s'il se prenait à la fois pour le réalisateur du film et le monteur potentiel de l'oeuvre sans s'arrêter une seule seconde pour se demander quel degré de mise en scène et de montage avait déjà été effectué ni quelle utilisation interne du temps fondamental avait pu à ce point susciter son propre intérêt.
Je me demande si de tels échanges ont encore lieu entre un écrivain et un éditeur... Fascinant.
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24.12.2008
Hier et aujourd'hui
Littérature d'aujourd'hui, littérature d'hier... J'ai toujours été en retard. Je suis venu peut-être au monde à temps, mais par la suite j'ai toujours été en retard.
Je suis fondamentalement et pour toujours en retard. Sur tout. Voilà une autre bonne question de réglé.
Pas grave.
Au moins, en matière de littérature, il n'y a pas d'aujourd'hui et d'hier. La littérature est de toujours. Et le dernier auteur qui se classe dans cette catégorie, c'est Kurt Vonnegut. Vonnegut me parle des États-Unis des années '70 mais on dirait qu'il me parle des États-Unis dont je suis témoin aujourd'hui. Tout ce miroir aux alouettes, cette parade de politiciens et d'hommes d'affaires corrompus, la cupidité et l'avidité de l'Américain moyen, tout cela est l'éternelle Amérique que l'on connaît de toujours. Voilà le sujet de Gibier de potence. Tout cela enrobé d'un humour rare, absurde et loufoque. Je n'arrête de me dire à moi-même: Il est con ce Vonnegut, mais il est génial ce Vonnegut!
Je le connaissais pas. Et dire que j'ai failli passer à côté. Et j'aurais manqué un rendez-vous presque essentiel.
Je le lis et tout à coup je me rends compte que le dernier paragraphe est énorme. Un autre auteur que je me sens incapable de lire d'un trait le livre ou le roman. Mais de toute manière je suis de plus en plus comme ça: je lis un peu et puis j'ai besoin de regarder par la fenêtre. Là, je laisse la phrase m'envahir tranquillement. Dans une phrase, il y a souvent un livre.
Quelques extraits:
Et c'était vrai. Il allait tout simplement se monter un troisième coup à la Ponzi - une fois encore proposer de faramineux taux d'intérêts aux imbéciles qui allaient l'autoriser à disposer de leurs fonds. Et une fois encore aussi, il allait se servir de la plus grande part de cet argent pour s'acheter propriétés, Rolls-Royce et autres bateaux de course. (...) Et lui, encore et encore, il userait de leur argent pour aussitôt verser de plus en plus d'intérêts à tout le monde - et ainsi de suite. (...)
Avec ma pauvre compréhension de l'économie politique, j'en viens même à penser que toutes les réussites en matière de gouvernement sont, de fait, des combines à la Ponzi. Où l'on accepte d'énormes emprunts en sachant que jamais on ne sera en mesure de les rembourser.
Ou cet autre allant dans un sens d'absurdité poétique:
Je le félicitai d'avoir appris le chinois, il me répondit qu'il n'en serait plus capable aujourd'hui.
- J'en sais trop. Enfin, je veux dire qu'à l'époque j'étais trop ignorant pour me rendre compte de la difficulté de la chose. Tenez, pour moi, apprendre le chinois, c'était comme de se mettre à imiter les oiseaux. Vous voyez, on entend un oiseau qui piaille et allez! on essaie de reproduire le son et puis on voit si l'oiseau y a cru.
Joual-vert de manière de parler de l'apprentissage d'une langue, non?
Tout cela dit sur un ton genre Vous en faites pas, j'suis complètement givré mais je me soigne. Voyez un peu dans cet autre exemple de discours déjanté, en début de chapitre cette fois:
L'hôtel Arapahoe: j'y étais déjà allé une fois - à l'automne Mille Neuf Cent Trente et Un. À cette époque le feu n'avait pas encore été domestiqué. Albert Einstein avait certes prédit l'invention de la roue mais était toujours incapable d'en décrire en termes compréhensibles à monsieur et madame tout le monde aussi bien la forme probable que les usages possibles. L'ex-ingénieur des Mines, Herbert Hoover, était président. La vente des boissons alcoolisées était illégale et moi, j'étais à Harvard, en première année.
Débile solide. Très beau aussi. Et c'est comme ça de page en page. L'homme s'y décrit comme un être totalement imparfait, se foutant bien d'être parfait d'ailleurs. Il ne fait donc pas cachette de sa réalité et il se contente de la réexprimer par sa vision du monde. Vonnegut comme un satiriste, oui je veux bien, mais aussi comme un poète-raconteur de la modernité. En toute sobriété et toute candeur.
Pure beauté littéraire. Bravo. En retard comme d'habitude... ;)
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07.12.2008
Victor Lévy-Beaulieu et Yves Thériault
Ouais, c'est pas un titre accrocheur mais je n'ai pu trouver mieux pour un essai unique dont je vois rarement la pareille ailleurs dans la littérature. Un auteur (Victor Lévy-Beaulieu - VLB) qui parle d'un autre auteur (Yves Thériault) dans une sorte de symbiose, de sorte que l'histoire de l'un s'intercale avec celle de l'autre, à une génération de différence. Fascinant concept.
Il s'agit de l'essai Un loup nommé Yves Thériault. Du beau travail. J'avoue que j'hésitais à lire l'ouvrage. C'est qu'il y a le personnage médiatique et l'écrivain. Il y a aussi l'essayiste, le dramaturge, le romancier, le critique, l'éditeur, le polémiste et même le pamphlétaire. Tout cela peut être perturbant pour qui ne prend pas la peine de le connaître. Il s'agit de Victor Lévy-Beaulieu (photo ci-contre), un homme polymorphe et en constante évolution. Un écrivain sensible aux symboles qui sous-tendent la civilisation québécoise et qui tente de maintenir en vie ces fameux symboles face à la déferlante de la mondialisation et du rouleau compresseur anglo-saxon.
Je ne vais pas vous parler de l'oeuvre de VLB - dont je n'ai pas fait le tour encore -, mais seulement de son essai portant sur Thériault, cet écrivain québécois qui a marqué notre univers de la littérature, principalement dans les années '50 et '60 et dont héritage, celui de Thériault, nous influence encore.
J'en avais dit un mot rapidement sur lui dans Virage I et II, billets où je parlais de l'exposition en son honneur à la BNQ (bibliothèque nationale du Québec).
Le trait dominant de l'essai, c'est cet immense phénomène d'identification de VLB face au "père" Thériault. Ce dernier a ouvert les voies d'une littérature vivante à l'image d'un Québec du terroir en train de disparaître à cette époque alors que ce territoire passait d'un mode de traditionnel à celui de la modernisation tous azimuts. Thériault est venu au monde en ville d'un père amérindien (d'origine malécite) et d'une Blanche, plus tard il apprendra le territoire et les Amérindiens; VLB est né d'une famille typiquement québécoise dans la campagne du Bas-du-Fleuve, quelque part près de Trois-Pistoles.
C'est le déracinement causé par le déménagement de la famille de VLB (à Montréal-Nord) qui aura causé son premier traumatisme. Et c'est tout cela mêlé à des rapports dysfonctionnels avec sa famille qui lui aura fait découvrir la littérature. (Une enfance tout aussi tourmentée aura eu le même effet sur Thériault). Puis il y a eu une première rencontre littéraire entre VLB et Thériault, ce qui a marqué le début d'un long processus, marqué de nombreux soubresauts, qui les mènera finalement à se connaître et à devenir amis.
Lire Un loup nommé Yves Thériault, c'est comprendre les fondations de la littérature québécoise contemporaine, c'est comprendre les difficultés d'un écrivain québécois voulant se faire publier dans un monde quasi-indifférent à la littérature et dont l'édition était limitée par deux maisons... On est partis de loin, en effet. C'est aussi comprendre l'itinéraire d'un homme complexe comme Thériault (photo ci-contre), fasciné par la violence qui habite ses personnages et qui est marqué par le fatalisme de la vie. C'est aussi apprendre la vision de Thériault sur les Amérindiens (Ashini) et celle des Inuits (Agaguk, Tayaout et Agoak) et ses inquiétudes sur la perte des traditions chez les Premières Nations face à l'américanisation de leur territoire. C'est aussi jeter un coup d'oeil sur l'ensemble de son oeuvre comprenant aussi des contes pour enfants et ses travaux à la radio durant sa jeune vie d'adulte. Plein de choses en fait.
Vers la fin de l'essai, on apprend comment la jonction s'opère finalement entre l'écrivain en fin de carrière, Thériault, et celui qui la commence tout en faisant de l'édition, VLB.
Écrit d'une manière claire, vivante, imagée, cet essai est une belle porte d'entrée pour connaître la littérature de chez-nous.
Un loup nommé Yves Thériault. Éditions VLB. 266p.
ps: pour votre information, le nom "malécite" pour les Amérindiens du Nouveau-Brunswick vient de cette origine:
"Malecite":
"It has recently been suggested that the Malecite tribe of the St-John River area were métis, deriving from liaisons between the fishermen of St.-Malo and the local Abenaquis, the name Malecite being a corruption of the Abenaquis word Malouidit, signifying a man of St.-Malo. See Lucien Campeau, S.I. (ed.), Monumenta Novae Francia, I, La première mission d'Acadie (1602-1616) (Rome and Québec, 1967), p. 118."
Tiré de France in America de J.W. Eccles (295p.)
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01.12.2008
Ces quelques livres surestimés...
Il y a des livres incontournables dont tout le monde parle et qui, pourtant, nous laissent indifférents. Par exemple, on me disait que La Mythologie (Ses dieux, ses héros, ses légendes) d'Édith Hamilton devait être lu coûte que coûte. Eh ben je l'ai lu ce livre. Presque attentivement. Pourtant, aujourd'hui, je le regarde comme un inconnu. Il ne m'a rien donné malgré mes efforts. Il faudra qu'un autre auteur trouve un angle d'approche qui laissera des traces dans mon esprit. En tout cas, j'en ai plus appris d'Homère que de Mme Hamilton, alors que lui était un grand conteur et l'autre une spécialiste en la matière...
Même chose pour le livre de Robert Delort, La vie au Moyen-Âge. J'en ai plus appris avec le mystérieux et tortueux Michelet sur le même sujet. Allez savoir...
En matière d'économie, sujet aussi élastique que la scholastique du Moyen-Âge et ouvert à toutes les interprétations les plus farfelues, j'ai pas pigé grand-chose au livre de John Kenneth Gailbraith, L'Argent, alors que Robert L. Heilborner dans Les grands économistes réussit à présenter les grandes lignes de cette science molle et vague comme le smog de Londres.
De toute manière, en ce qui concerne l'économie, je crois que dans mon cas c'est une immense perte de temps. J'aurais beau lire une dizaine de livres que je ne serais pas plus avancé. Ceux qui ont de l'argent savent en faire encore plus, pendant que les autres, comme moi, mangent leurs bas de laine.
Celui qui me l'a fait comprendre, c'est le spécialiste montréalais en placement Stephen A. Jarislowsky avec son essai Dans la jungle du placement. Dans ce livre, il finit par dire qu'il ne s'occupe pas de clients n'ayant pas un minimum de 500 000 $ à investir... Là, j'ai compris pour de vrai. Tenez-vous le pour dit, si vous avez du pognon à investir, placez-le dans les produits de consommations stables (médicaments, transports et alimentations) et dans les blue chips. Moé, j'ai pas une cenne à mettre là-dedans.
Le plus étonnant, c'est qu'un même auteur peut vous faire vivre les deux émotions contradictoires que je viens de décrire. Le meilleur exemple, dans mon cas, c'est Chateaubriand. Autant il m'avait emballé dans Mémoires d'outre-tombe, autant il m'a décontenancé dans Itinéraire Paris-Jérusalem. Dans ce dernier cas, je crois bien que mon manque d'érudition explique ce passage à vide.
Tout cela pour dire que dans le domaine de la littérature et du livre en général, il y a des rendez-vous manqués. On se rattrape alors avec d'autres auteurs pas nécessairement recommandés par le grattin des critiques de journaux ou les fameux "coups de coeur" de libraire. Le livre dont vous avez besoin est quelque part à vous attendre au moment où vous vous y attendez le moins, à l'un de vos détours inattendus chez une librairie de livres usagés ou à la bibliothèque du coin.
Souvent, ce livre dont vous avez besoin n'a pas la mine du livre neuf mais il a de la gueule. Même avec sa page couverture racornie et ses pages jaunies, il recèle des moments rares de lecture. C'est comme mon libraire. Lui et sa grosse barbe. Bonne pâte et référence imbattable.
Rendu ici, je crois que je déparle. Il est temps de mettre mon bonnet de nuit.
@ +
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30.11.2008
Jean O'Neill sur Allen Ginsberg
Je ne connais absolument pas l'écrivain dramaturge (et journaliste) Jean O'Neil (photo ci-contre). Apparamment, il est important dans notre littérature nationale. Vous me permettrez dans les prochains mois de faire le "ménage" là-dedans, ayant stupidement négligé de lire mon monde. Il n'est pas trop tard. C'te "prem" je vais aller chercher la bio de Thériault par VLB (Victor Lévy-Beaulieu). Ne désespérez pas, je vais m'y retrouver.
Là où je voulais en venir, c'était au sujet de la chronique de Chantal Guy de la section "Lectures" de La Presse. J'ai retenu une citation d'un extrait de O'Neil, justement. C'est une critique sur le tourisme littéraire:
Je ne pousserais pas le culte jusqu'à demander à coucher dans sa chambre (celle de Rimbaud) comme le fit, en 1982, cette ordure d'Allen Ginsberg, qui se réclame de sa paternité, lui et combien d'autres, ignares arsouilles de tout acabit, soûls et drogués jour et nuit, leur vie durant, à des années-lumière de sa culture, de son érudition, de son art, de son talent, et qui n'ont retenu à moitié que les injures et les crachats de sa brève période bohémienne.
Je ne savais pas qu'O'Neil était capable de colère. Miam, miam. Enfin quelqu'un se donnant les moyens de parler et de dire les choses comme il l'entend. Qu'il ait raison (pour la chambre à Rimbaud, je suis tout à fait d'accord, il faut vraiment avoir un nez brun pour y passer la nuit) importe plus ou moins; qu'il prenne la parole et l'assume, je dis "bravo!".
Un dernier petit mot sur Ginsberg (à droite sur la photo, à côté de Dylan) l'homme (car je ne me suis jamais donné la peine de lire son poème épique Howl). Je le vois moi aussi comme un coureur d'ambulance, un type à la traîne des véritables artistes. Le voilà qui a succionné Jack Kerouac jusqu'à la moëlle, ce dernier l'appelant de la Floride à sa piaule de San Francisco pour l'engueuler de longues minutes, quitte à devoir acquitter une lourde facture d'interurbain. Kerouac se payait un dernier grand luxe - régler ses comptes - avant de crever au bout de son sang (rupture de varices oesophagiennes) à 46 ans!
Et dire que Ginsberg croyait qu'on pouvait décomposer le processus créatif et l'enseigner! Quel abruti! Et cette manie de filer le train à Kerouac - sans vouloir faire de jeu de mots... -, comme pour découvrir la magie de l'écriture. Il l'aura jamais trouvé, quand bien même il aura porté les camisoles de Kerouac, enfoiré de première! Si j'avais eu le quart d'once de talent de Kerouac, j'aurais largué Ginsberg dès le début. Et vite fait, à part de ça! (Jurons que je tais pour vos oreilles en ce dimanche matin...) Mais Kerouac était un peu comme Nijinski, un mélange de naïveté et de candeur. Il aura laissé faire. Moé, en té ka..., tu touches pas à l'âme d'un créateur. Jamais.
Le même Ginsberg qui file ensuite le train à Bob Dylan et de combien d'autres encore. Infatigable ce type. Et quelle grand salope, c'est pas croyable! Il est sur toutes les photos d'actualité underground de ces années-là. Un vrai kid kodak. Un m'as-tu-vu égocentrique fonctionnant aux piles triple A. Joual-vert. Toujours en coulisses pour faire la promo des autres (tout en se faisant voir) ou la sienne le plus souvent. Bref, j'ai pas un bon feeling de cet oiseau de malheur de pique-assiette. Il est un peu le Jesse Jackson de la littérature. Jackson était jamais loin derrière dans la cour de Luther King (Jackson avait du sang sur sa chemise le jour de l'assassinat de King) et encore dans les coulisses cette fois d'Obama et de combien d'autres, meanwhile.
En té ka. C'était mon éditorial vitriolique du dimanche. Bonne journée à tous! ;)
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17.11.2008
Virage II
Je reviens de l'exposition sur l'écrivain Yves Thériault. J'ai voulu prendre des photos mais le gardien m'a fait comprendre que c'était interdit. Il y a mille règlements pour l'interdire bien qu'il y ait un million de bonnes raisons de prendre des photos et même de tourner des clips vidéo.
Je n'ai pas voulu faire de scène devant ce refus. Mais c'est con.
Quoi qu'il en soit, cet après-midi, je venais de comprendre que le Québec avait son Jack London en Yves Thériault. L'homme-écrivain capable de parler du territoire et des pratiques humaines qui y sont reliées, c'est bien lui. Autodidacte et métis de par son père, Thériault s'est élevé par ses propres forces dans le domaine de la littérature.
Faute d'utiliser ma caméra, j'ai pris des notes sur un vieux calepin.
Quand j'ai commencé à écrire, je souffrais beaucoup de mon ignorance sur le plan de la langue. Alors j'ai inventé un style qui, je l'avoue, avait comme motivation première d'éviter les pièges des temps de verbe trop compliqués ou les constructions syntaxiques trop complexes.
Et encore ceci:
On peut bien me dire que j'écris mal, mais on ne m'enlèvera pas l'idée que j'ai quelque chose à dire et je le dis.
Ouais monsieur. Et celle-ci que j'apprécie encore plus:
Je ne suis pas venu à la littérature par la grande porte (...) J'ai fait de la littérature comme on gagne sa vie quand on ne dispose que de sa force physique: à la force du poignet.
Je ne savais pas que Victor-Lévy Beaulieu avait écrit une essai sur lui. C'est une lecture qui sera à mon horaire ces prochaines semaines. Un loup nommé Yves Thériault. Le voilà notre Jack London!
Euh..., quant à mon déclic, ce sera pour le Virage III...
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16.11.2008
Virage I

Il y a une exposition en l'honneur d'Yves Thériault à la Bibliothèque nationale du Québec, angle de Maisonneuve-Berri à Montréal. J'y suis allé en coup de vent le mois passé et je compte y retourner pour revoir l'installation dont la conception mérite d'être soulignée. En effet, le visiteur a droit non seulement à des photos de l'auteur mais à ses écrits, souvenirs personnels, clips d'entrevues, enregistrements de toutes sortes. C'est une exposition qui utilise tous les supports connus de la connaissance, ce qui est représentatif de Thériault lui-même, un homme orchestre qui a exploré bien des univers avant de se consacrer à l'écriture.
Pour la plupart d'entre nous, Yves Thériault c'est l'écrivain d'un seul livre, celui d'Agaguk dont un
film a été tiré. Je n'ai pas vu le film, mais, comme tous les étudiants du secondaire au Québec, j'ai lu le roman. Je crois que la rumeur voulant qu'il y ait eu quelques lignes érotiques ont été suffisantes pour que tous les adolescents boutounneux se donnent vraiment la peine de lire le roman pour de vrai, au lieu de piquer un résumé quelque part et de le réécrire pour les besoins d'un pensum...
C'était un peu aussi le même phénomène pour le roman Le Parrain de Mario Puzo. On était prêts à lire 600 pages pour savourer quelques lignes d'un érotisme somme toute primaire et mal fagotté, quand on y regarde de près...
Mais si je vous parle d'Yves Thériault, c'est pour resituer l'homme dans son contexte. Voilà un écrivain qui voulait exercer sa vocation (le mot est juste) dans un milieu presque totalement insensible à la littérature - le Québec des années '40 et '50 étant une société soumise aux contingences de difficultés économiques, aux horizons culturels limités et aux codes culturo-religieux sévères et exclusifs. En d'autres mots, il n'y avait pas de place pour un penseur indépendant désirant offrir une vision originale de son milieu. C'était d'autant plus difficile que les Québécois n'étaient pas si entichés leur univers et symboles. Quand bien même les Québécois ont longtemps fait dans la fierté de leur patrimoine, dans la réalité, les efforts pour le préserver ont été trop souvent bien frileux. Pour dire vrai, les Québécois, en général, n'ont pas appris à comprendre leur territoire, quand bien même ils ont eu des génération de cultivateurs le long de la vallée du St-Laurent. Il y a une gêne reliée au parcours culturel et historique et c'est bien sûr relié aux effets de la Conquête.
Malgré tout, Thériault a su tirer le meilleur parti d'une situation de départ difficile. Homme à tout faire, il n'a pas lésiné à faire les 56 métiers, même celui de trappeur avant de tâter de la radio et du journalisme dans un monde dominé par le cléricalisme. Mieux, il a fait des voyages à travers le monde avant de revenir au pays pour travailler aux Affaires cultures et aux Affaires indiennes pour le compte d'Ottawa. J'essaie seulement d'imaginer une telle nomination aujourd'hui et je n'y arrive pas.
En fait, je découvre Thériault à rebours. Je suis arrivé à lui par bien des détours, insensibles que j'ai longtemps été à mon propre univers, préférant lire des auteurs américains et européens de préférence aux nôtres. Mais il y a eu un déclic il y a quelques années après mon retour de l'Ouest canadien. J'en reparlerai dans Virage II... ;)
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27.09.2008
Blaise Cendrars par Henry Miller
Je regardais un clip sur facebook montrant Henry Miller à table avec des amis ou des sympathisants. Il devait avoir 88 ans puisque le vidéo a été tourné en 1979. Encore à cet âge, il savait être divertissant et charismatique. Toujours vif et joyeux, telle avait toujours été sa devise. Et en effet, dans ce clip, il tient la forme et prend un petit coup de rouge. Bravo! En voilà un qui a su être naturel et lui-même jusqu'à la fin. Capable de dire shit ou drink to that et, dans un même élan, faire preuve d'une grâce incomparable. Voilà l'allure, voici l'homme!
C'est cela avoir du style.
Si je parle de ce clip, c'est qu'à un moment donné il parle de son grand ami et modèle en littérature, le bien-nommé Blaise Cendrars, écrivain français d'origine suisse dont le parcours a été pour le moins fascinant. À quinze ans, il vola les valeurs précieuses de sa famille (bijoux et coutellerie) et s'enfuya avec son sac de fortune pour la Chine en prenant le Transsibérien. Là-bas, il occupe de petits emplois avant d'aller à Moscou et St-Pétersbourg. Tout cela à un bien jeune âge.
Ensuite Miller explique comment Frederic-Louis Sauser en est venu à choisir comme nom de plume celui de Blaise Cendrars. Je ne connaissais que l'origine de son nom de famille inventé, celui de Cendrars, résultat de "cendre" et d' "art". On devine que cet homme voulait aller au bout de lui-même à travers la forme d'art qu'est la littérature, quitte à en brûler...
Je n'avais pourtant jamais réalisé que le choix de "Blaise" était influencé par "braise", ce qui, en fin de compte, est dans la ligne logique de ce nom de plume.
Il y aurait tant à dire au sujet de Cendrars, de ses romans (Bourlinguer, L'Or, Moravagine, Emmène-moi au bout du monde, etc.), de ses travaux en peinture, de ses nombreux voyages et de ses rapports controversés avec Appollinaire, Céline, le peintre Fernand Léger, que l'espace d'un blogue est trop petit pour ce faire.
Une manière facile d'explorer son univers serait par ailleurs de lire la biographie réalisée par sa fille Miriam, comme je l'ai fait moi-même.
Belle occasion de découvrir qu'à une autre époque, en Occident, la pensée libre et le geste gratuit étaient encore possible.
C'était ma suggestion de lecture de cet automne...
Ici le lien du Dinner with Henry pour qui l'anglais est une langue qu'il comprenne.
http://www.ubu.com/film/miller_dinner.html
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30.08.2008
Hommage posthume à Soljenitsyne
Soljenitsyne a marqué son époque comme pas un, surtout celle des citoyens de sa terre natale, la Russie et l'Union soviétique. Je ne vous ferai pas un tour d'horizon de son oeuvre gigantesque, ce genre de panégyrique ayant été fait et refait à plus soif au cours des dernières années. De toute manière, il y a plein de sites sur le Net où ce genre d'hommage à l'oeuvre est disponible. Il y a bien évidemment les librairies et les bibliothèques publiques pour ceux qui veulent vraiment connaître l'auteur.
Je peux toutefois vous parler de l'écrivain comme moi je l'ai compris. Voilà un homme loyal à sa patrie, qui a combattu pour elle pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour avoir critiqué les douteuses stratégies militaires et politiques de Staline, il a été condamné aux travaux forcés. La suite en est une de dissidence pour le reste de sa vie. Dissidence non seulement contre le communisme stalinien mais aussi du néo-libéralisme à outrance qui affecte actuellement non seulement la Russie mais le monde entier.
Ce dernier aspect, peu de gens en ont parlé, s'attardant plutôt à répandre des rumeurs à son sujet. A-t-il été raciste? J'en doute. Il suffit de lire ses livres pour comprendre son humanité. J'avoue toutefois ne pas avoir lu la deuxième partie de son oeuvre. Certains en discutent comme l'historien américain Richard Pipes. Peut-être y a-t-il eu quelques dérapages, je n'en sais trop rien.
A-t-il été récupéré par le pouvoir et par Poutine? Accepter un prix des mains de Poutine, c'est effectivement faire preuve de faiblesse, tenant compte du style de gestion du "personnage", mais c'est trop facile de pointer du doigt ce geste et d'en grossir la signification pour jeter de l'ombre sur son oeuvre immense.
Il n'en reste pas moins que même si Soljenistyne a été un personnage controversé, il aura au moins pris le risque de parler ouvertement de ce qu'il croit juste, quand bien même le prix à payer était très élevé.
Ses prises de position politiques des dernières années, ses exhortations au peuple russe, son ton de prophète halluciné vitupérant dans le désert, sa récente récupération par Poutine, ne permettent pas à ceux qui n'ont pas lu Soljenitsyne en son temps de mesurer aujourd'hui à quel point ses premiers romans furent un bouleversement pour les centaines de milliers de lecteurs. "Une révolution copernicienne pour la littérature soviétique" écrivait même Claude Frioux dans le Cahier de l'Herne. Ils eurent l'effet d'un électrochoc sur les consciences, notamment celles de la gauche européenne au sein de laquelle ils provoquèrent des débats salutaires sur la vraie nature du communisme soviétique. Mais cette partie-là de son oeuvre est si forte et si puissante qu' elle ne sera pas éclipsée par tout ce qui est venu après et que l' on n' a pas fini de discuter, comme sa dénonciation du déclin du courage en Occident, "un signe avant-coureur de la fin" selon lui, lors de son fameux discours de Harvard en 1978. On ne comprend rien à un tel écrivain si l'on oublie qu'il était véritablement habité.
http://fr.rian.ru/analysis/20080804/115681061.html
Saluons-le, lui qui vient de nous quitter pour prendre une autre destination!
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