02.01.2009
La vie d'un livre
Il y eut un temps où à l'endos d'une couverture de livre était collé une pochette dans laquelle une fiche était glissée. On y entrait l'information de la date de retour ainsi que le nom de l'emprunteur. Parmi les noms de famille courant se glissaient parfois des patronymes tout à fait exotiques et intéressants. Il m'est aussi déjà arrivé de surprendre des noms de gens que je connaissais. Je pense à cet exemplaire du Révizor de Gogol (que je n'ai finalement jamais lu) où j'avais surpris le nom d'une connaissance qui allait faire du théâtre son gagne-pain. Un pur inconnu aujourd'hui, mais peu importe.
C'était une bien drôle d'habitude qui me paraît aujourd'hui bien douce et touchante. Aujourd'hui, c'est un foutu code à barres qui fait foi de tout. Pas de date, pas de nom. Si le livre existe, c'est qu'on n'a pas pu faire encore autrement. Faute de quoi, on vous l'imposerait comme une forme de progrès... Et si vous ne remettez pas votre volume à temps, quelque part dans le cyber-espace, une amende à votre intention commence à s'accumuler à chaque jour supplémentaire d'oubli. Même pas une note écrite par une main de bibliothécaire pour le confirmer, juste quelques pixels d'un monde artificiel feront l'affaire. Une amende réelle à partir de foutues pixels virtuelles, on le comprendra...
(En passant, dans un journal de Montréal, il y a eu un article dans lequel il était question du nombre effarant de livres en retard chez les usagers de la bibliothèque nationale du Québec. C'est bien typique de nous autres: on veut du service mais on ne veut pas être responsable. On veut une loi 101 pour forcer les émigrés à apprendre le français mais beaucoup d'entre nous ne se magnent pas assez le derrière pour la parler avec fierté, cette langue... En tout cas.)
Quoi qu'il en soit, au retour de ma dernière visite à la BNQ, voilà que je découvre un "feuillet de circulation" dans un volume emprunté (image ci-contre), qu'on a de toute évidence oublié d'enlever avant de déplacer toute la collection de l'ancienne bibliothèque de la ville à celle de la BNQ. Comme dans le bon vieux temps! Vite je consulte son parcours. À la condition que cet exemplaire ait été acheté à l'automne 1988, il est passé entre trois différents lecteurs avant l'année suivante, décidément sa meilleure pour avoir été tenu par 5 lecteurs. Puis ça ralentit à 2 seulement l'année suivante. En 1991 et 1992, il a suivi un tempo comparable avec trois emprunts. Assez pépère comme vitesse de croisière, non? Bien sûr, il faudrait savoir s'il n'y a pas d'autres exemplaires du même livre disponibles en même temps!!!
Puis un long silence de 6 longues années - 14 ans plutôt ! - sans même une seule sortie. Peut-être que des livres voisins ont eu cette chance mais pas cet exemplaire-ci, la fiche le confirmant. Il a séché bien longtemps à devoir regarder le même mur ou une autre étagère de livres, ceci à la condition qu'un livre ait une conscience! Je serais prêt à l'admettre par le simple exercice de la comparaison avec d'autres spécimen de mon espèce, l'Homme...
En l'occurence, je vous parlais bien d'un exemplaire de Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss... ;)
Maintenant, encore un petit effort. Voici un extrait brillant tiré du même livre. Lévi-Strauss parle du développement des espaces urbains selon des lois inconscientes et immanentes. J'avais souvent pensé à cela au cours de mes déplacements ou encore quand je voyais une ville d'en haut, en avion. Étonnante lucidité de ce grand-grand monsieur - encore vivant, je signale:
Enfin, il faut faire leur place à de mystérieux facteurs à l'oeuvre dans tant de villes, les chassant vers l'ouest et condamnant les quartiers orientaux à la misère ou à la décadence. Simple expression, peut-être, de ce rythme cosmique qui, depuis ses origines, a pénétré l'humanité de la croyance inconsciente que le sens du mouvement solaire est positif, le sens inverse négatif; que l'un traduit l'ordre, l'autre le désordre. Voilà longtemps que nous n'adorons plus le soleil et que nous avons cessé d'associer les points cardinaux à des qualités magiques: couleurs et vertus. Mais, si rebelle que soit devenu notre esprit euclidien à la conception qualitative de l'espace, il ne dépend pas de nous que les grands phénomènes astronomiques ou même météorologiques n'affectent les régions d'un imperceptible mais indélébile coefficient; que, pour l'habitant des régions tempérées de l'hémisphère boréal, que le nord ne soit le siège du froid et de la nuit; le sud, celui de la chaleur et de la lumière. Rien de tout cela ne transparaît dans la conduite raisonnable de chaque individu. Mais la vie urbaine offre un étrange contraste. Bien qu'elle représente la forme la plus complexe et la plus raffinée de la civilisation, par l'exceptionnelle concentration humaine qu'elle réalise sur un petit espace et par la durée de son cycle, elle précipite dans son creuset des attitudes inconscientes, chacune infinitésimale mais qui, en raison du nombre d'individus qui les manifestent au même titre et de la même manière, deviennent capables d'engendrer de grands effets. Telle la croissance des villes d'est en ouest et la polarisation du luxe et de la misère selon cet axe, incompréhensible si l'on ne reconnaît ce privilège - ou cette servitude - des villes, à la façon d'un microscope, et grâce au grossissement qui leur est propre, de faire surgir sur la lame de la conscience collective le grouillement microbien de nos ancestrales et toujours vivantes superstitions.
Ça me fait penser à un essai écrit par un Québécois, qui fait écho à Lévi-Strauss... Mais je vous dirai pas de qui il s'agit. C'est mon côté cruel...
00:05 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (34) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
11.10.2008
L'art de culpabiliser
Nouvelle parution que je n'ai pas lue mais qui a attiré mon intérêt à travers un article de journal.
Le psychiatre et psychanalyste français Robert Neuburger, que je ne connaissais pour ainsi dire pas, nous arrive avec un bouquin qui traite de ce sujet. J'ose croire que ce n'est pas le premier ni sûrement le dernier en ce domaine. Les publications de ce genre pullulent et trouvent forcément un public intéressé aux mécanismes intimes à la base des rapports humains. La "psychologisation" est encore à la mode... et on ne peut apparemment s'en passer.
Ainsi donc, la culpabilisation, c'est l'arme absolue dans les rapports humains. Cela, je m'en doutais depuis fort longtemps. On aura aussi compris que le recours à ce genre de "stratégie" n'est pas ce qu'on appelle une manière saine d'entretenir des liens avec ses proches.
Voici, selon M. Neuburger, les principales techniques:
La première: la technique paternelle, au nom d'une morale ou d'une norme. "J'ai consulté le docteur machin, il me dit que tu dois absolument arrêter de fumer." La seconde: la technique maternelle (parce que ce sont les mères qui ont inventé ça), à savoir la dette d'amour. Attention, il n' y a pas que les mères qui s'en servent. "Moi qui me suis sacrifié pour toi." Et la troisième: la technique fraternelle, née du manque de solidarité. "J'ai tenu ma parole, pas toi."
Solution?
Il y a beaucoup à apprendre de la séduction, vous savez...
Ah bon, je suis sans doute un grand naïf. Je croyais que l'authenticité aurait pu faire l'affaire. Mais plus sérieusement, M. Neuburger mise surtout sur le décryptage du phénomène pour faciliter la prise de distance par rapport à ces vices de communication.
Quelque chose comme une prise de conscience avant d'en parler au/à le(a) principal(e) intéressé(e).
Me voilà en train de verser dans la rectitude politique dans ce billet... P-ê est-ce le malaise soudain de me sentir coupable de machisme... ;)
22:27 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
17.07.2008
Lectures d'été
Chacun a sa formule relativement aux lectures d'été. Bien entendu, le plus souvent on choisit léger. Ce n'est pas le temps de se prendre la tête, on en convient.
J'ai donc cédé à une lecture de roman policier. J'hésitais à poursuivre ma lecture du Millénium de Stieg Larsson (note du 30 déc. '07), mais comme tout le monde en parle et que c'est devenu une lecture convenue, j'ai perdu la motivation de m'y coller. J'y reviendrai plus tard, quand la vague sera passée.
Je me suis donc replié sur un James Lee Buke et son détective cajun, Dave Robichaux. Dans Black Cherry Blues, il sera question d'exploitation de réserves de gaz en territoire des Pieds noirs. Grand prix de litt. policière en 1992. Un bon millésimé, de toute évidence.
Ma liste se complète ainsi (la difficulté augmentant de l'un à l'autre):
- Sexe et dépendances (roman de Stephen McCauley);
- Technique du coup d'État (Curzio Malaparte) - j'en reparlerai dans les semaines à venir;
- La Raison dans l'Histoire (Hegel) - je ne sais pas ce qui m'a pris...;
- L'Art d'avoir toujours raison (Schopenhauer)... ;)
05:23 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05.05.2008
Mère Houellebecq se raconte
Lucie Ceccaldi vient de commettre un livre. Lucie qui? Personne ne pourrait la situer sur la planète littérature, si on ne précise pas qu'elle est la mère de Michel Houellebecq, l'auteur connu en particulier pour la parution des Particules élémentaires.
C'est connu, la mère et le fils n'ont jamais fait bon ménage. Le fils ne s'en cache pas et s'inspire d'elle dans le personnage de la mère des Particules: elle y est présentée comme une sorte de hippie à la dérive, adepte d'une communauté fondée sur la liberté sexuelle. Maintenant, elle vit retirée dans une cabane à pilotis sur l'île de la Réunion, endroit où elle a pratiqué l'anesthésie, sa vocation professionnelle.
La rupture officielle et définitive entre les deux remonte à 1991 alors qu'ils s'étaient disputés sur la guerre du Golfe... La mère jette le blâme sur son fils pour ne pas avoir continué à entretenir leurs rapports.
Voilà que maintenant elle se fait connaître du public par son autobiographie intitulée L'Innocente. Elle y décrit ses innombrables emmerdements depuis sa sortie de la faculté de médecine d'Alger avec son titre d'anesthésiste. Des ennuis principalement reliés à ses différents époux, amants et même avec sa progéniture, tout cela à l'époque d'un activisme communisme et de la vague soixante-huitard. Faut préciser que Michel Houellebecq a été remis sous les soins de sa grand-mère assez tôt dans sa vie...
Le livre de mère Houellebecq ne laisse pas tellement de place pour le célèbre écrivain, puisqu'elle ne l'a pas très bien connu. Cela ne l'empêche toutefois pas d'écrire en ces termes ce qu'elle pense de lui:
"Avec Michel, on pourra commencer à se reparler le jour où il ira sur la place publique, ses Particules élémentaires à la main, et qu'il dira : Je suis un menteur, je suis un imposteur, j'ai été un parasite (...) Et je demande pardon", écrit-elle.
Aurait-elle pu faire publier son livre règlement-de-compte si son fils n'avait pas atteint la célébrité à travers son oeuvre???
ps: je vous ai épargné la reproduction de sa photo... Peut-être qu'une reproduction d'une couverture du livre culte des Particules ferait l'affaire?
17:22 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
23.03.2008
Identité française
Si une chose distingue les Français des autres, c'est qu'ils ne manquent jamais de se faire remarquer en toutes sortes d'occasion. Comment expliquer leur originalité et leurs paradoxes? Je vous avoue que je suis loin de pouvoir l'expliquer moi-même, ne serait-ce que pour la simple raison que je ne suis allé en France qu'une fois et que pour le reste, c'est la télé, les magazines ou les livres qui ont pu me renseigner sur cette mienne cousine culture.
Encore une fois, c'est par une lecture que j'ose croire que je pourrais faire un pas en avant en cette matière. Ça faisait longtemps que je pensais lire l'essai de Nadeau et Barlow, Pas si fous, ces Français!, aussi je me promettais de m'y mettre au plus vite. Comme je n'aime pas les livres en gros format (voilà bien un caprice que je m'explique mal), j'avais pensé d'attendre la sortie en fomat livre de poche. Finalement, j'ai fini par oublier...
Dernièrement, dans un forum (pour ne pas le nommer, le politiclub), cette question de l'identité française est venue à la surface et c'est à ce moment-là que le souvenir du livre s'est imposé de nouveau. Je me le suis donc procuré, incidemment en livre de poche!
J'ai eu le temps de parcourir l'introduction et les premières pages pour me rendre compte que ce sont des circonstances particulières qui sont à la base de cet ouvrage:
Nous étions venus en tant que correspondants de l'Institute of Current World Affairs dont le siège se trouve dans le New Hampshire. Jean-Benoît (Nadeau) était chargé d'étudier les causes de la résistance française à la mondialisation. Julie (Barlow) devait, elle aussi, traiter de ces thèmes.
J'avoue être allergique aux instituts faisant la promotion de la globalisation. Ce genre de projet, à savoir pourquoi les Français résistent à la globalisation, ne m'inspire pas beaucoup de sympathie, car la motivation à la base de ces études, forcément, consiste à connaître les causes de cette résistance pour mieux la combattre. Moi, j'aime bien que les Français restent inimitables et ne rentrent pas dans le moule.
Cela ne m'empêchera pas de continuer ma lecture, même si ces deux journalistes, en plus, sont des collaborateurs du magazine L'Actualité...
ps: quand même drôle que je parle davantage des circonstances qui m'amène à lire un livre que d'en faire la critique... ;)
09:21 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
14.03.2008
La route
La route de Cormac McCarthy, c'est la chronique de la fin d'un monde, celui que l'on connaît, faute d'être celui de la fin du monde. Dans un style dépouillé et minimaliste, autant dans les décors désincarnés d'une planète au lendemain d'une guerre nucléaire (on le devine à la lecture) que dans les états d'âme des protagonistes (le père et le fils), nos deux personnages, presque à la dérive, se donnent comme mission de porter le "flambeau" de l'humanité.
C'est ainsi que le père et le fils décident d'aller vers le Sud, là où ils comptent trouver d'autres "gentils" comme eux, dans l'espoir que l'humanité reparte sur de nouvelles bases et ne refasse pas les mêmes erreurs qui ont conduit à la dernière guerre quasi-fatale. Toutefois, durant leur parcours, ils devront faire face à d'autres survivants rompus aux bassesses et aux cruautés d'un monde devenu barbare. Ce roman propose donc une visite des arcanes de la morale, sauf que c'est fait de façon sobre, sans les dérives d'un prosélytisme assomant.
L'écriture de McCormac se réduit à un style quasi télégraphique, ce qui traduit l'urgence des nécessités premières de la survie dans un monde presque retourné aux cendres premières. Les dialogues se résument à quelques mots comme si l'économie de la survie en milieu hostile l'exigeait. En parallèle de cette tribulation, l'auteur nous invite à redécouvrir notre monde matériel. Sa description des outils et des autres choses fabriquées par l'homme montre qu'il est important de les connaître et d'en faire un usage judicieux, faute de quoi ces outils perdent de leur utilité.
À lire pour ceux qui croient encore en l'Homme sans toutefois sombrer dans le jovialisme naïf.
Viens de paraître en français aux éditions de l'Olivier. La Route. Cormac McCarthty. 245p. Prix Pulitzer
12:11 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05.03.2008
Autre inédit de Kerouac
Ces derniers mois, Jack Kerouac est revenu dans l'actualité littéraire plus d'une fois. D'abord, certains manucripts de Kerouac ont été retrouvés dans les archives de la bibliothèque publique de New-York. Il s'agissait des premiers essais en français de Kerouac de son roman culte On the road, qu'il ne tardera pas de rédiger par la suite en anglais. Les mêmes fonds d'archives comprenaient aussi une série de nouvelles réunies sous le titre provisoire de La nuit est ma femme. Il en ressortait qu'il était très préoccupé de ses racines francophones, entre autres choses.
Pas longtemps avant cette découverte des fonds d'archives, l'année dernière, il y avait eu un important anniversaire, celui des 50 ans de la publication du roman culte On the road. Et comme je l'ai souligné dans un autre billet de ce blogue, le Harry Ransom Center de l'université Austin (Texas) tiendra ce printemps une exposition en l'honneur du fameux poète beat.
Maintenant, s'il est encore question de Kerouac, c'est qu'un autre manuscript vient de remonter à la surface. Il s'agit de la découverte d'un roman de jeunesse écrit en collaboration avec William Burroughs. L'idée de cette collaboration est venue à la suite du meurtre commis par Lucien Carr (à droite sur la photo) sur la personne d'un harceleur impénitent (David Kammerer ). Cela lui a valu, on l'aura deviné, une condamnation d'emprisonnement. Ses amis, Kerouac et Burroughs, avaient décidé de s'inspirer de ce tragique événement pour écrire un roman intitulé And the Hippos Were Boiled in Their Tanks, qui sera publié chez la maison d'édition Penguin Classics en novembre prochain.
Les deux jeunes auteurs, à l'époque, s'entendaient pour dire que ce travail n'était pas une grande oeuvre, sinon assez mauvaise (pretty bad selon Burroughs lui-même), mais on aura compris, comme le suggère le biographe reconnu de Kerouac, Gerald Nicosia, qu'il y aura sûrement des preneurs pour une nouvelle relique reliée à l'époque beatnick...
http://www.telegraph.co.uk/news/main.jhtml?xml=/new...
Autre texte dans le blog de Pierre Assouline:
http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/03/03/de-sang-chaud/
18:26 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
18.02.2008
Les livres en attente
Il y a des livres pour lesquels on a la fièvre, qu'on achète et que pourtant on tarde à lire. Mon record à ce chapitre revient à l'essai du philosophe allemand Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident, une somme de la connaissance universelle servant à comprendre l'Histoire de l'Homme et des différentes civilisations qui se sont succédé. Toute une lecture exigeante que j'avais pris des années (je n'ose dire combien) avant d'en compléter la lecture. Le genre d'effort, d'ailleurs, que je serais surpris de renouveler, j'en ai bien l'impression.
Habituellement, j'ai quelques livres empilés sur une étagère et, au bout de quelques semaines, je finis par les lire, mais à vitesse variable. Quelques uns, effectivement, restent en attente pour de vagues raisons que j'ai souvent du mal à m'expliquer. Je leur jette alors un coup d'oeil furtif avant de me décider si c'est maintenant ou plus tard.
Puis, tout à coup, j'ai la nette impression que ça y est, et que ce jour-là est le bon. C'est comme si j'avais "imposé les mains" à ce livre pour comprendre que lui et moi étions rendu à "maturité" pour se rencontrer... Les quelques premières pages qui semblaient à un moment difficile à lire deviennent tout à coup faciles et coulent de source.
C'est ce qui vient d'arriver avec le roman de science-fiction de Philip K. Dick, Le Maître du Haut-Château. Pendant des mois ce livre gisait sur une étagère, muet après autant d'attente et pratiquement prêt à être relégué aux oubliettes des livres rejetés, ce qui peut arriver à l'occasion. Et là, dernièrement, j'ai eu un déclic, aussi je savais que son heure était arrivée.
Aujourd'hui même, je le dévore systématiquement et il n'en restera aucune miette, à la vitesse avec laquelle je "liquide" cette histoire étrange et fabuleuse. L'idée de départ qui m'avait intrigué, celle que les Allemands et les Japonais avaient apparemment remporté la 2e Guerre mondiale, a eu le don d'attirer mon attention de nouveau.
Avec raison, tellement Dick sait me tenir en haleine une nouvelle fois!
13:55 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
16.01.2008
Mon premier Pouchkine
J'ai déjà eu ce qu'on pourrait appeler une période "littérature russe XIXe siècle". J'étais fou de Dostoïevsky, Tolstoï, Tchékov, Lermontov et autres, fort probablement parce que j'étais attiré par l'exotisme grand slave et un certain idéalisme. Ces raisons-là valent surtout pour Dostoïevsky, que j'ai lu presque en entier, et sa slavophilie, car c'est bien connu que Tolstoï et Tchékov étaient davantage attirés par la culture occidentale.
Quoi qu'il en soit j'ai longtemps creusé ce filon allant jusqu'à lire ce beau classique un peu méconnu du côté francophone (il me semble), je parle d'Oblomov de Gontcharov, le plus grand roman, sans doute, portant sur le thème de la procastination (avis aux intéressés)... Je pense aussi à ce pro-occidental devant l'éternel, Tourguéniev, que je n'ai pas assez lu, mais je me promets bien de retourner dans ce jardin du romantisme grand russe.
Depuis plusieurs années, je n'avais même pas touché un livre appartenant à cette période et je croyais bien que la page était tournée pour de bon, sans vouloir faire de jeu de mots. C'était une erreur: on ne tourne jamais la page sur les écrivains russes du XIXe siècle. Une fois qu'on a eu un contact avec eux, ils restent en nous et nous laissent un signe indélibile.
C'est Henry Miller qui avait déjà dit que dès les premières pages de Dostoïevsky, pour lui, la terre avait cessé de tourner. Pour la première fois, le jeune Miller d'alors lisait un roman dans lequel les personnages étaient de chair et de sang, aussi ils n'étaient pas uniquement bons ou mauvais, mais le résultat d'une combinaison des deux tendances. C'est aussi cela un être humain. Pour ma part, quand j'avais eu en main Les Frères Karamazov, il faisait une tempête de neige, aussi, ne croyant pas avoir mieux à faire, je me résolus à faire cette lecture. Il ne fallut pas de beaucoup de temps pour rêver d'un thé fait au samovar tout en continuant cette lecture inspirante, un chef d'oeuvre de la littérature mondiale.
Après une aussi longue période de sevrage russe, sans le savoir j'étais prêt à refaire le saut dans cet univers. L'autre jour, quand j'ai vu sur un étagère de librairie un recueil de Pouchkine, La Dame de pique et autres nouvelles, j'ai craqué et je l'ai acheté... Il était temps que je rencontre Pouchkine, le grand poète russe, inspirateur de toute une génération d'écrivains à venir.
À suivre...
14:40 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
30.12.2007
"Faut que tu lises ça!"
Combien de fois cédez-vous à la suggestion d'une connaissance de lire tel ou tel livre? Pour ma part, assez souvent. Et combien de fois en faites-vous la lecture? J'y arrive presque toujours, une fois que j'ai accepté une suggestion. Mais, si ça ne colle pas, je ne me livre pas à la torture de me rendre jusqu'au bout, malgré tout. Ce sont les caprices de lecture qu'il faut respecter.

J'espère en faire une appréciation plus musclée sous peu, mais, vous savez, entre vous et moi, les promesses, c'est délicat... ;)
10:20 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature


