18.01.2009
La liberté selon Spinoza
Le plus beau compliment que quelqu'un m'ait fait, tout récemment, est venu d'un employé sur le plancher. Quelqu'un qui n'a aucun intérêt intellectuel en aucune manière, qui n'est ni un lecteur, ni un amateur de cinéma, juste un homme qui jadis a fait du syndicalisme militant et qui se contente maintenant de regarder le sport à la télé, de jouer au billard et au golf, de prendre sa bière et d'aller à la pêche pendant la saison. Un homme jadis élevé dans le quartier de Ville-Émard et qui en a vu de toutes les couleurs.
Ce compliment, c'est celui-ci, tout simple: T'es un chercheur, Inuk.
Cela a été dit d'une manière toute détachée, sans envie, sans flagornerie et sans condescendance. Ça lui est sorti de la bouche d'une manière spontanée et ça m'a fait un direct au coeur. Surtout parce que lui, il ne fait jamais de compliment. Ce qu'il ne sait peut-être pas, c'est que nous sommes tous des chercheurs...
Ce blog ne vise qu'à partager quelques trucs que je trouve au hasard de ma navigation sur le Net. Et si quelques personnes en tirent quelque chose d'utile pour elles-mêmes, ne serait-ce qu'un petit moment de rigolade, c'est tant mieux. Je n'en demande pas plus.
Tiens par exemple, je suis tombé sur ce texte parlant de Spinoza, ce philosophe de la Renaissance, contemporain de Descartes.
(...) Heureusement, il y a Spinoza. Baruch Spinoza n’est pas un maître mais un exorciste. Spinoza est l’exorciste de toutes les maladies socialement transmissibles transmuées en démons familiers. La prudence est son sceau. La clémence est son blason. On ne sait pas beaucoup de choses de Spinoza au quotidien, à part qu’il était seul, volontairement pauvre, visiblement chaste. Spinoza a compris très tôt que la condition de la liberté est de ne faire envie à personne. L’Envie est la Haine elle-même, c’est-à-dire une Tristesse, en d’autres termes une Affection par laquelle la puissance d’agir d’un homme ou son effort est réduit. Mais l’homme ne s’efforce vers une action et ne désire la faire que si elle peut suivre de sa nature telle qu’elle est donnée ; donc l’homme ne désirera pas qu’aucune puissance d’agir ou (ce qui revient au même) qu’aucune vertu soit affirmée de lui, si elle appartient en propre à la nature d’un autre et est étrangère à la sienne ; et ainsi son Désir ne peut être réduit, c’est-à-dire qu’il ne peut être contristé parce qu’il considère quelque vertu dans un être dissemblable, et conséquemment il ne peut lui porter envie. Mais il portera envie à son pareil qui est supposé de même nature que lui.
Ainsi, la meilleure vie est la plus obscure et la plus retranchée parce qu’elle seule permet de se singulariser suffisamment pour sortir du jeu permanent des passions humaines, de donner aux autres hommes l’illusion d’une dissemblance essentielle. Il ne s’agit pas de solitude ou de monachisme misanthrope ; il faut au contraire favoriser les relations sociales, créer des amitiés. Mais qui veut vivre heureux parmi les hommes ne doit faire envie ou honte à personne, ne doit donner ni son désir ni son accomplissement personnel en exemple, car du pouvoir qu’il tirera de ce modèle radieux qu’il imposera (l’important n’est pas qui vous regarde mais qui vous regardez dit Fabrice Petitjean), de cette identité qu’il incarnera, il ne récoltera que la tristesse et l’empêchement des autres. Il fera des hommes qu’il aura asservis à sa puissance des disciples qui ne lui apporteront rien : leur impuissance, leur ennui, et éventuellement leur jalousie, leur haine.
Ni maître ni maîtrise, l’homme participe de la béatitude lorsqu’il consacre sa vie à un exercice adéquat à sa puissance, et celui-ci est relatif à ce qu’il peut, c’est-à-dire ce qu’il tire essentiellement de lui-même, activement, dans son rapport aux autres. De cette vie obscure, solitaire et lente qu’il a choisi de vivre, Spinoza dégage la plus claire des pensées. Dans la pénombre, il saisit une lumière immanente. A l’écart, il se fond dans le courant du monde. Inventeur d’une pensée mutante qu’on pourrait décrire comme un taoïsme positiviste, un machinisme zen, Spinoza n’est pas un philosophe d’état, de profession ou un professeur ; il est opticien artisanal, polisseur de lentilles. La philosophie n’est que le revers de sa veste. C’est un des corpus les plus maigres de la philosophie moderne : à peine mille pages pour tout dire. Mais le but de Spinoza est la béatitude et rien d’autre. Et sa méthode ne supporterait nul à-peu-près qui en différerait l’obtention.
On peut lire tout Spinoza, puisque rien n’est bien long, mais si l’on veut aller aussi vite que lui, on préférera relire l’Ethique en boucle plutôt que de s’aventurer dans ses autres productions. Plus qu’aucun autre livre de philosophie, l’Ethique est le chef d’œuvre de la pensée occidentale, ce qu’elle pouvait produire de plus profond et de plus bénéfique à travers sa méthode particulière, scientifique, technique, modestement Hespéride, pour appréhender la vie. A elle seule, l’Ethique combine les éléments les plus forts et les plus efficaces de la pensée moderne et de la pensée classique ; elle est un extraordinaire objet cosmique, où se rencontrent logique, souci d’intelligibilité, psychologie comparative, critique sociale, et vision illuminative.
Comme s’il était le premier homme sur la planète Terre, Spinoza propose à son lecteur une joie qui ne soit pas éphémère, mais éternelle, une joie qui soit le résultat d’un " bien souverain ". Pour cela il se fie, non aux lumières de la théologie ou d’une production culturelle déjà formée par avance, mais à la " lumière naturelle ", soit la déduction claire, logique, qui découlerait d’un premier principe indiscutable. Il évalue les trois moteurs de joie communs aux hommes : soit (pour dire vite) le sexe, le fric et la gloire. C’est aussi simple que ça : les hommes veulent de l’argent ou du sexe ou de la gloire. Ils donneraient même tout pour ça. Pourquoi ? Qu’est-ce qui nous motive vers des fins dont nous ne savons peut-être pas (mais peut-être le savons-nous quand même) que nous n’en serons jamais, vraiment, satisfaits ? Parce que nous sommes des êtres pulsionnels, ne connaissant pas l’origine de nos pulsions, notre conditionnement essentiel. Les philosophes ou les théologiens n’ont pas compris l’homme : ils lui ont posé des interdictions au lieu de saisir ce qui motivait ses passions et l’enchaînait à celles-ci. Ils ont tiré des lois générales de faits particuliers ou se sont perdus dans des abîmes de perplexité qui ne les délivraient pas davantage. Leur haine profonde de l’être humain leur a masqué son essence. Une méthode rigoureuse permettant une connaissance adéquate sera donc la possibilité de notre bonheur et de notre liberté. Cette psychologie rationnelle s’appelle, éventuellement, l’éthique. Pour qui la pratique, rien n’est interdit, rien ne doit faire l’objet d’une obligation morale, mais tout découle d’une raison pratique irréfutable, d’une coordination parfaite entre les désirs et les lieux qui leur sont loisibles d’habiter. Un homme qui obtient l’intelligence de sa joie comprend nécessairement qu’il sera d’autant plus heureux qu’il ne tentera pas de rendre d’autres hommes malheureux ; il fera un usage d’autant plus plein et parfait de sa puissance qu’il ne tentera d’asservir nul autre à celle-ci : il saura concentrer son énergie dans un objet qui lui fournira la plus profonde satisfaction. Et celle-ci découlera de la connaissance la plus parfaite, la plus complète, qu’il puisse obtenir de lui-même et de son rapport au monde. (...)
Ça me donne tout à coup le goût de lire Spinoza... Bien plus que Nietzsche que j'ai déjà tout lu et qui a malheureusement fait des émules encore de nos jours... Non pas qu'il ne faut pas le lire, mais encore faut-il savoir le digérer...
Texte cité de la Revue des ressources.
http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article131&a...
16:58 Publié dans Pensées furtives | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
03.01.2009
Méli-mélo II
Ah, ces prodigieux samedis matins! Rien pour battre cette atmosphère de repos et de relaxation. Cette période correspond au café, au journal et au round-up des blogues. Je voudrais que cela s'étire indéfiniment, bien évidemment. En tout cas, celui qui a inventé le samedi doit être un dieu trop ignoré. Rendons-lui hommage au moyen d'une statue et de quelques temples entretenus par des vestales. Je te salue, dieu du samedi matin!
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J'espère que vous vous souvenez du Vietnamien dont je vous ai parlé dans une note précédente, celle où j'avais dit avoir croisé un photographe dans le métro. C'est celui-là même qui m'avait parlé de sa caméra et de son studio à Ho-Chi-Minh City (anciennement Saïgon). Eh ben je suis allé voir son site. Pas de doute, les Vietnamiens s'occidentalisent de manière irrémédiable... Ici, une photo classée dans la catégorie beauté. Yo. Méchante drill!
Et une autre pour faire bonne mesure. (Décidément, le Vietnam est en reconsctruction.) Il y a de l'avenir au Vietnam, à n'en pas douter. Grrrr....
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Comme c'est un méli-mélo, je suis donc habilité à parler de l'Arménie. Dans le journal d'aujourd'hui il y a une pub des Grands Explorateurs, un truc qui ne me dit en temps normal absolument rien. Mais voilà qu'on y parle de l'Arménie, pays qui ne cesse de m'interpeller, ne serait-ce que par certains Arméniens que je croise à l'occasion. Ses femmes et ses hommes ont un étrange charme.
Voir ma note à leur sujet:
http://notessaisiesaufildutemps.hautetfort.com/archive/20...
Quand je lis ceci, je commence à devenir fébrile...

Marie Dominique Massol vous fera découvrir « son » Arménie, celle qu’elle a ressentie « à fleur de vie » : ses monastères, forteresses et katchkars; ses rituels ancestraux; son univers de montagnes, de forêts profondes, de canyons vertigineux, à l’ombre du Mont Ararat, aujourd’hui en Turquie… Et vous partagerez le quotidien d’Arméniens qui se racontent avec pudeur et sincérité, sur cette terre d’aventures et de passions.
http://www.lesgrandsexplorateurs.com/2007_2008/programmat...
09:21 Publié dans Pensées furtives | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
17.12.2008
Tom Cruise, biscuits riz & noix et autres conneries
Le zouf à Tom Cruise fait encore les pages people. Cette fois-ci, c'est pour nous dire qu'il souhaite que Suri, sa fille, devienne actrice.
C'est ben poche de souhaiter une affaire pareille!
Faut-tu être givré pour penser de même!
Un véritable parent ne souhaite qu'une chose pour son rejeton: c'est qu'il trouve sa voie, peu importe ce qu'il choisit de faire.
Si je sais ça, Cruise devrait le sawoir (sic)... Stie.
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Pour se détendre une recette de biscuits riz & noix. Je l'ai essayé. Pas mal. Et ça coûte pas cher.
- 1 tasse farine de riz brun
- 2 cuillères à table de beurre (ou d'huile végétale)
- un quart de tasse de miel ou de sirop d'érable
- une demi-cuillère à thé de sel
- une cuillère à thé de vanille
- un oeuf battu
- 1 tasse de noix hachés.
Mélanger le tout. Mettre au frigo quelques heures. Faire des boulettes et les écraser une à une (en pensant à Cruise) sur une tôle à biscuits.
Mettre au four à 350 degrés F pendant 10-12 minutes. (Ne pas mettre à "grill" en pensant à Cruise.)
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Demain je vous ferai mes souhaits pour le temps des Fêtes. Pas aujourd'hui.
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En fait, j'avais pas d'autres conneries à raconter aujourd'hui. ;)
12:07 Publié dans Pensées furtives | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
02.12.2008
Le subjonctif et autres considérations
En matière de la qualité de la langue, je suis assez libéral. J'suis capable de m'adapter à mon interlocuteur. Je me contente d'être en phase avec la personne. Pas question de reprendre en aucune manière quelqu'un en train de parler.
Avec les pro de la comm, par contre, je suis plus pointu. Et s'il y a un truc que je ne peux plus endurer c'est le non-respect de certaines règles. Par exemple, quand j'écoute la radio et que le reporter utilise la locution conjonctivale "bien que" ou "malgré que", j'attends anxieusement la suite pour savoir s'il sait que cette locution commande impérativement le mode subjonctif. Va-t-il/elle le faire, oui ou non?
Trop souvent, l'enfoiré(e) de la comm utilisera le mode indicatif. J'pus capab'e!
J'ai déjà été assez con pour appeler au service linguistique de la SRC pour leur signaler ce problème. Ils m'ont ri au nez. Shit! Bachi-bouzouk de merde!@!
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Cette nouvelle est destinée pour nos bons amis Français... et aussi Québécois, bien entendu.
Je viens d'apprendre que l'excellent ancien joueur de hockey Hubert "Pit" Martin est mort d'un accident de motoneige. L'ancien joueur de 17 saisons dans la LNH (Ligue Nationale de Hockey) ayant porté l'uniforme des Black Hawks de Chicago, des Red Wings de Detroit, des Bruins de Boston et des Canucks de Vancouver - je vous rappelle son parcours seulement pour vous rafraîchir la mémoire - est décédé à l'âge de 64 ans.
Lui et son ami se baladaient en motoneige et en traversant un lac gelé, la glace a cédé juste comme Martin passait par là. Un accident mortel stupide. Je ne comprends pas ce genre de truc. Fin novembre, c'est encore trop tôt pour se promener sur un lac, non? Peut-être que Sandra Gordon pourrait nous en dire plus long sur le sujet.
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L'écrivain John Saul avait l'habitude de tenir salon dans un café de Toronto sur Yonge Street, le matin à l'heure du déjeuner. La première fois, je n'y ai pas cru. Les fois suivantes, j'ai dû accepter l'idée que c'était bel et bien lui qui était assis sur un tabouret, les coudes appuyés sur un comptoir, à regarder autour de lui pour voir si quelqu'un était intéressé de débattre de n'importe quelle question.
Chaque fois que je le voyais dans cette posture, je baissais les yeux pour lire mon journal. D'ailleurs, je n'ai jamais vu personne relever le gant.
(Jamais lu un livre de Saul.) :gene:
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Pendant que vous lirez ces considérations intempestives, je serai en train de bosser et de transpirer. Faque, c'est ça quié ça...
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23.10.2008
Les passagers canins
Le passager le plus naturel d'une voiture, c'est le chien.
Sans aucun entraînement, il saura s'asseoir et sortir sa tête juste comme il faut.
Toujours sage et toujours curieux, il sort naturellement la tête par la fenêtre la plus proche.
C'est fou comme il a l'instinct explorateur! Croyez-vous qu'il va retenir les détails du parcours? Pas du tout. Mais on ne peut nier qu'il est parti prenante de toute balade.
Chaque fois que je vois un chien passager d'une voiture, je suis toujours fasciné par autant de naturel de la part d'un animal.
C'était mon petit mot léger, en attendant que je trouve le bon angle de traitement pour le grand poète Bob Dylan. ;)
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