13.02.2009

Orages d'acier

junger01.jpgC'est là, et au fond, de toute la guerre, c'est là seulement que j'observai l'existence d'une sorte d'horreur, étrangère comme une contrée vierge. Ainsi, en ces instants, je ne ressentais pas de crainte, mais une aisance supérieure et presque démoniaque; et aussi de surprenants accès de fou rire, que je n'arrivais pas à contenir.

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Juste avant d'y arriver, j'appris une fois de plus par l'exemple de quelles infimes circonstances est faite la chance à la guerre. À cent mètres environ d'un carrefour vers lequel je me dirigeais, le chef d'un détachement occupé à des travaux de tranchées, dont j'avais fait la connaissance à la neuvième, me héla. Nous bavardions depuis une minute à  peine quand un obus creva en plein milieu du carrefour; sans cette rencontre, il m'aurait sans doute réglé mon compte. Ce sont des évènements qu'on ne considère pas comme des hasards.

Orages d'acier. Ernst Jünger. 380p.

22.01.2009

Une preuve par l'absurde

Petit extrait tiré de Sous le volcan (Malcolm Lowry):

Le Consul n'avait pas fait attention à Cervantès qui avait pris un fusil. "J'adore la chasse." Il l'avait remis en place avant d'ouvrir le tiroir du bas d'une garde-robe coincée dans un autre coin. Le tiroir débordait de livres parmi lesquels une Histoire de Tlaxcala en dix volumes. Il le referma immédiatement. "Je suis un homme insignifiant, et si je ne lis pas ces livres, c'est pour prouver mon insignifiance", annonça-t-il dignement.

Ça m'a fait sourire.

20.11.2008

L'invention du pouvoir II

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La police de Kerensky et les autorités militaires se préoccupent avant tout de défendre l'organisation bureaucratique et politique de l'État, les Ministères, le Palais Maria, siège du Conseil de la République, le Palais de Tauride, siège de la Douma, le Palais d'Hiver, l'État-Major général. Trotsky, découvrant cette erreur s'attaquera aux seuls organes techniques de la machine gouvernementale et municipale. Le problème de l'insurrection n'est, pour lui, qu'un problème d'ordre technique. - "Pour s'emparer de l'État moderne, dit-il, il faut une troupe d'assaut et des techniciens: des équipes d'hommes armés, commandées par des ingénieurs."

 

Voilà l'essentiel de Technique du coup d'État tel qu'illustré à partir de la Révolution russe et de la vision de Trotsky.

30.09.2008

Perte de l'innocence

innocence-1.JPGC'est en naviguant d'un blogue à l'autre, parmi mes préférés, que j'ai tout à coup pensé au thème de l'innocence.

C'est un thème coup de poing, je le sais. Mais j'ai le goût de me faire mal et de vous faire mal. Juste un peu.

Parce que je suis pas toujours gentil. Vrai.

Alors voilà. Dans ma carrière de lecteur, si-si je parle bien d'une carrière de lecteur!, il y a eu des moments où le tic-tac d'une montre s'est arrêté. C'est vraiment arrivé, je le jure. Je sais que le temps peut parfois s'arrêter, quand bien même la terre continue à tourner et que les gens autour de vous continuent à vivre. C'est que vous venez de comprendre quelque chose d'essentiel à votre vie, quelque chose de foudroyant et d'inoubliable et, pour quelques secondes, vous êtes hors du temps. Et du coup le temps vous a oublié, le temps d'une faveur. Une sorte de bise cosmique. Ou peut-être est-ce un ange qui est passé en coup de vent vous sussurer à l'oreille cette petite pensée!

Quand j'ai lu cette phrase de Henry Miller, je venais de comprendre quel était le sens de la perte que je ressentais parfois à travers les événements de la vie.

À la question "qu'est-ce qui distingue un artiste d'un autre homme?" il avait répondu - je paraphrase - que "l'artiste est celui qui a compris le sens de la perte de l'innocence et qui tente de le redécouvrir".

Peut-être que je le cite mal - et, de toute évidence, je n'ai pas bien "torché" la citation paraphrasée... Peu importe.

De toute manière, j'ai fait mes devoirs et je l'ai retrouvée, cette citation, dans un site où est cité cet extrait de cet auteur dans Le monde du sexe:

L'artiste, qui est un type de créateur, entre autres (et non des plus élevés, tant s'en faut), a l'idée fixe - qu'il le reconnaisse ou non - de recréer l'homme dans son innocence.

Le thème de l'innocence ne cesse de m'interpeller à peu près en tout temps. Il se présente sous toutes sortes d'oripeaux et quand il survient dans mon quotidien, chaque fois, j'ai le souffle coupé. Je le vois chez un chômeur que je croise occasionnellement, un travailleur ex-prisonnier christian reborn de geôles américaines (le meilleur, sans le savoir, à parler sans le nommer de ce sujet - et il faudra que je lui dise un jour, quand bien même je risque son regard pénétrant et sidérant de sa part - il me pétrifie par son humanité), un vitrier ancien membre de l'équipe olympique grecque ou encore un ébéniste grognon et bon comme la terre que j'ai le bonheur de voir assez souvent en revenant du boulot. La porte de son atelier est presque toujours grande ouverte et je sens l'odeur du brin de scie dès que j'approche de son territoire. C'est l'odeur de mon enfance...

En guise de digestion, quelques citations pigées dans un site à cette fin sur le seul thème de l'innocence et, du coup, j'espère vous avoir fait doucement mal et pour un bon moment. C'est comme ça que j'aime mes visiteurs, en leur donnant quelques bons jabs de bonheur!

Tout bonheur est une innocence - Marguerite Yourcenar

Que dix coupables échappent à la justice, plutôt que souffre un seul innocent - William Blackstone

Ne sont innocents que les coupables qui se dissimulent ou qui s'ignorent - Bernard Willems-Diriken

Aimer, c'est l'innocence éternelle, et l'unique innocence est de ne pas penser - Pessoa

L'innocence est la meilleure défense de l'enfant - Lao She

Il est plus facile de faire acquitter un coupable qu'un innocent, c'est bien connu - Henri Jeanson

Et pour terminer cette courte liste:

Un coupable puni est un exemple pour la canaille ; un innocent condamné est l'affaire de tous les honnêtes gens. Jean de La Bruyère

J'espère vous avoir bousculé ou ému. J'espère que vous m'en voudrez de vous en avoir parlé. Le pire, c'est que je ne me sentirai pas coupable de l'avoir fait. Et ce sera ma victoire innocente de la journée!

26.09.2008

Dictionnaire égoïste de la littérature française

 

2246634318.jpgJe ne suis plus fou des dictionnaires. Je les consulte occasionnellement, sans plus. Peut-être devrai-je le faire plus souvent. Il est vrai qu'à une autre époque, je passais par des périodes où je prenais la peine de vérifier chaque mot qui me paraissait obscur. Je repense à cette autre vie avec quelques frissons: quelle étrange personne je devais être à traquer ces mots et ces noms propres! Un poète de ma connaissance m'avait incité à suivre cette piste et, l'habitude aidant, ce réflexe s'était inscrit dans le cours de mes lectures, avant de disparaître au milieu d'événements confus dont j'ai peine à me rappeler aujourd'hui. Quoi qu'il en soit,  je le faisais pour mon propre bénéfice, ces efforts n'étant jamais rétribués dans le cadre d'un travail. C'est d'ailleurs la recette pour les meilleurs travaux, ceux qu'on exécute par pur plaisir. Dans le cas contraire, c'est le plus souvent le désastre certifié. Les travaux exécutés sans candeur ne valent tout simplement rien.

Je me rends compte que je divague au milieu de ces considérations futiles, cherchant maladroitement à introduire une citation quelconque d'un dictionnaire auquel je crois plus ou moins...

a-list-charles-dantzig-140x214._V46894762_.jpgIl s'agit du Dictionnaire égoïste de la langue française de Charles Dantzig. Seigneur que j'ai voulu y croire! J'ai beau l'avoir lu de toutes les manières, en diagonale comme d'une façon extensive, prendre la peine d'en souligner quelques passages, de réfléchir plus profondément sur le contenu de quelques entrées, d'en relire quelques uns au besoin pour être sûr de saisir le sens de tel ou tel passage, pourtant rien n'y fit. Cet ouvrage me laisse non pas indifférent mais perplexe. Je ne comprends pas l'esprit de l'auteur qui, de toute évidence, est un grand érudit et un grand connaisseur de la littérature française. Il est habile, subtil, pénétrant, juste, surprenant. Il a toutes les qualités d'un essayiste se frottant à un sujet précis et pourtant je sèche. C'est d'autant plus gênant que la critique est dithyrambique. Personne n'a même soulevé la plus minime des réserves au sujet de ce livre.

Mieux, ce dictionnaire a même reçu le prix Décembre 2005...

Malgré mon incapacité extraordinaire à saisir la grandeur de cet ouvrage, j'ai quand même trouvé un extrait qui me parle. De ce pas, je vous le cite:

Pédants, cuistres (avec une défense de la pédanterie chez les jeunes gens): Le cuistre est un homme qui exhibe ses connaissances avec assurance. L'assurance révèle en général des connaissances mal assurées: je n'ai jamais rencontré de vrai savant qui soit un cuistre. Le savant est modeste, le cuistre est cramoisi, bombé, homard.

Le pédant est un homme qui exhibe ses connaissances avec passion. J'aime bien les pédants quand ils sont jeunes. S'ils exposent leurs connaissances, même incomplètes, c'est moins par vantardise que par amour de l'art. J'ai bien connu un de ces discoureurs de cour de lycée: Stendhal a dit ceci, on trouve dans  Baudelaire, rappelle-toi que Sénèque... Jeunes gens maladroits, vous étiez estimables, car vous vous offiriez à des choses désintéressées, quand tant de vos hideux camarades rêvaient de pouvoir ou de pognon. Le cuistre est un pompeux narcissique, le pédant un rêveur altruiste.

Dictionnaire de la littérature française. Charles Dantzig

08.09.2008

Sur la musique

roy.jpgSur la musique:

L'usage de la musique aujourd'hui me paraît tout à fait significatif de ce qu'est la société dans laquelle nous vivons (...). Il s'agirait, paraît-il, d'une "société de la consommation". (...) Mais cette consommation de musique est, nous le savons très bien, une non-consommation. Un courant ininterrompu de sons, d'images, de mots, s'écoule sans fin. Ces sons, ces images, ces mots ne sont pas destinés, à être écoutés, regardés, perçus, mais à tuer le temps, à meubler le vide, à faire oublier les temps morts (ou la mort) en oubliant de vivre.

Permis de séjour (1977-82) Claude Roy

22.05.2008

Lecture de force

lowry.jpgD'année en année, je remettais cette lecture incontournable, me promettant que lorsque je m'y mettrai, ce sera la fête. Finalement, l'autre jour, j'ai cédé à l'appel des sirènes: j'ai acheté la dernière édition de Sous le volcan de Malcolm Lowry. La couverture d'un rouge vif sur lequel je pouvais voir une photo de format rectangulaire montrant seulement les yeux passionnés de l'auteur aura eu l'effet escompté de l'éditeur, ie me faire acheter  ce livre au  mystérieux appel quasi-mystique. C'est ainsi que j'ai franchi le dernier obstacle menant à ce roman.

Je ne savais toutefois pas que j'allais commencer une course à obstacles. Il faut savoir que cette lecture se fait à de multiples niveaux, tant ce roman est farci de symboles. Après quelques pages, n'importe quel lecteur le moindrement attentionné fera le lien entre ce roman et celui de Joyce et son fameux Ulysse.  Il est clair qu'il faut une bonne épaisseur de culture pour en savourer le raffinement. Une culture linguistique, géographique, littéraire et que sais-je encore! Tant de codes s'y entremêlent, qu'il faut y faire son chemin avec beaucoup d'humilité. Je dois vous l'avouer, je traverse ce roman comme au milieu d'une jungle, ne sachant pas toujours comment interpréter tous ces symboles et ces signes. J'avance donc souvent à découvert, quitte à manquer le coche de temps en temps. C'est avec quelques soupirs, pendant cette épreuve, que je me promets une prochaine lecture plus près de mes préférences, ie à l'américaine avec un style direct, vif et même cinglant...

Mais mon supplice n'est pas fini. Je dois aussi me taper des descriptions fort belles mais d'une tortuosité cruelle et presque alambiquée. Cette prose est bien sûr accompagnée d'une tournure d'esprit identique, dans laquelle le lecteur est appelé à mettre ses skis pour effectuer un slalom ininterrompu au milieu des divagations précieuses auxquelles se prêtent les personnages de cette histoire.

J'en suis à la page 100, ie au cinquième de ce qu'on appelle presque à l'unanimité un chef d'oeuvre. Eh ben, le lecteur, lui, sent que ce sera une lecture de force... 

Un petit extrait pour vous le mettre en bouche:

La tragédie que clamaient ensemble dans cette demi-lune d'allée qu'ils gravissaient l'ouverture béante des trous comme la haute végétation exotique, fantômes crépusculaires de plantes au foyer des lunettes noires qui, se mouvant inutilement de soif de tous côtés, titubaient, semblait-il, tige contre tige, nonobstant leurs efforts pour afficher, tels de sybarites moribonds, une ultime utopique démonstration de verdeur ou d'impuissante fécondité collective, se fit-il à lui même froidement la remarque, paraissait soumise à la critique et l'exégèse d'une personne à ses côtés qui eût souffert à sa place et dit: "Vois donc comme les choses familières savent être étranges et tristes. Touche cet arbre, ton ami de naguère: se peut-il hélas, que cela que tu connus dans le sang soit devenu si lointain! Lève tes yeux jusqu'à ce Christ souffrant calmement dans sa niche, là-haut, sur le mur: il répondrait à ton appel mais tu ne peux l'appeler. Regarde l'agonie des roses. Regarde se dessécher dans le soleil, sur la pelouse, les caféiers de Concepta dont tu disais qu'ils venaient de Marie. Sais-tu encore la douceur de leur arôme? Regarde ces chers plantaniers aux fleurs bizarres, naguère emblèmes de vie et aujourd'huui de funeste mort phallique. Tu as perdu la clé de l'amour de toutes ces choses. Tu n'aimes désormais plus que les cantinas, pâle survivance d'un amour de la vie mué en poison qui n'est même pas poison pur mais dont tu fais ton élément quotidien lorsque aux tavernes-"

09.05.2008

Le stoïcisme selon Marc Aurèle

ph99i349.jpgJe ne savais pas qu'un empereur romain eût laissé des écrits que nous pouvons encore lire aujourd'hui. C'est pourtant le cas de l'empereur Marc Aurèle, celui après lequel l'empire romain a commencé un déclin irrémédiable...

Marc Aurèle avait écrit un journal pour lui-même, histoire de mettre sur papier les pensées qui l'habitaient tout au long de son règne passé la plupart du temps sur les champs de bataille de l'Orient et de Germanie. Héritier d'une éducation grecque (c'est dans cette langue qu'il a écrit son journal) et latine, cet empereur se sera distingué, entre autres, par sa remarquable culture hellénistique et sa vision stoïcienne de la vie. 

Un extrait représentatif de son journal, Pensées à moi-même (puisqu'il n'était pas destiné à la lecture du grand public):

Ils se cherchent des retraites, des maisons dans les champs, au bord de la mer, dans les montagnes. Et toi aussi, d'habitude, tu désires vivement les mêmes choses. Mais tout cela n'est-il pas très sot, quand on peut, à l'heure que l'on préfère, se retirer en soi-même? Nulle part, en effet, l'homme n'a de plus paisible retraite, et de mieux protégée contre les ennuis, que dans son âme, surtout s'il porte en lui-même des principes dont la vue lui procure une tranquillité immédiate: or, cette tranquillité, je ne lui donne pas un autre nom que celui d'eucosmie*. 

* L'ordre qui résulte de l'accord avec la nature.

Pensées à moi-même. Marc Aurèle. Coll. Mille et une nuits. 124p.

15.04.2008

Les coïncidences

L'autre jour, je vous parlais de la quasi-disparition de la solidarité entre les hommes. J'avais fait allusion à la déclaration de Balasko sur sa satisfaction sans mélange de faire du fric et d'être célèbre. En lisant La Peau de Malaparte, par coïncidence, je me rends compte que c'est le même thème qui est exploré par l'auteur. Il note la décadence de l'Europe au lendemain de la libération du joug nazi. Permettez-moi de vous citer l'extrait qui résume son approche.

 À lire avec un oeil poétique...

- Vous êtes un honnête homme, dit le général Guillaume, vous ne vendriez pas vos enfants.

- Qui sait? répondis-je (Malaparte) à voix basse, il ne s'agit pas d'être un honnête homme. Cela n'a rien à voir, d'être un homme convenable. Ce n'est pas une question d'honnêteté personnelle. C'est la civilisation moderne, cette civilisation sans Dieu, qui oblige les hommes à donner une telle importance à leur peau. Seule la peau compte désormais. Il n'y a que la peau de sûr, de tangible, d'impossible à nier. C'est la seule chose que nous possédions, qui soit à nous. La chose la plus mortelle qui soit au monde. Seule l'âme est immortelle, hélas! Mais qu'importe l'âme, désormais? Il n'y a que la peau qui compte. Tout est fait de peau humaine. Même les drapeaux des armées sont faits de peau humaine. On ne se bat plus pour l'honneur, pour la liberté, pour la justice. On se bat pour la peau, pour cette sale peau.

- Vous ne vendriez pas vos enfants, répéta le général Guillaume en regardant le dos de sa main.

- Qui sait? dis-je. Si j'avais un enfant, peut-être irais-je le vendre pour pouvoir m'acheter des cigarettes américaines. Il faut être un homme de son temps. Quand on est lâche, il faut être lâche jusqu'au bout. 

13.04.2008

La Lune aux Italiens

moon.jpgLe colonel Brand croyait que les Italiens aiment entendre dire à un étranger: Ce soir, la lune est merveilleuse, parce qu'il imaginait que les Italiens aiment la lune comme si elle était un lambeau d'Italie. Ce n'était pas un homme très intelligent, ni très cultivé, mais il avait une extraordinaire gentillesse d'âme: et je lui étais reconnaissant de la façon dont il avait dit: La lune est merveilleuse, ce soir, parce que je sentais qu'il avait voulu m'exprimer par ces mots, sa sympathie pour les malheurs, les souffrances, les humiliations de mon peuple.

 

Extrait de La Peau, Curzio Malaparte. 

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